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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 11:31
 
C'est un livre à mettre entre toutes les mains - même celles des hommes (surtout celles des hommes?).

Il m'a tellement touchée qu'il m'a fallu quelques mois pour y revenir.
Après décantation en quelque sorte.

Je me suis reconnue bien souvent dans les situations/sentiments/contradictions décrits par Nancy Houston, qui regarde ici son parcours de femme avec son œil d'aujourd'hui, l'interroge, s'interroge, cherche, fouille, questionne des hommes aussi. Avec un ton que certains trouveront sûrement péremptoire - que je qualifierais de militant pour ma part.

Evidemment, tout le monde ne sera pas d'accord avec Nancy Huston - je ne l'ai pas forcément été, d'ailleurs. Rappelons simplement que ce texte n'a pas de vocation scientifique, il se base clairement sur son expérience, son vécu, ses amis, son univers... Même si elle élargit le champ de ses recherches, Reflets dans un œil d'homme demeure pour moi un écrit personnel - avec une portée universelle, certes, mais en aucun cas une vérité sociologique.

Mais je lui suis reconnaissante d'avoir su poser des mots sur des ressentis que je ne parvenais pas à exprimer, à formuler, d'avoir enfoncé les portes d'une prise de conscience amorcée depuis un moment, de m'avoir ouvert tant de pistes de réflexion à explorer, encore.
 
***
 
"Théoriquement notre réussite (comme celle des hommes) ne tient plus qu'à notre compétitivité, à notre volonté, à notre intelligence. Mais du matin au soir, les artéfacts de notre culture nous assènent au contraire qu'elle dépend de notre apparence physique. [...] Où est le vrai et où le faux? Suis-je mon corps, ou mon esprit?
Même si l'idéal de l'égalité entre les sexes rencontre l'approbation enthousiaste de leur esprit, il entre étrangement en collision avec ce qu'expérimente leur corps jour après jour...
[...] c'est formidable, aussi, de s'entendre dire que l'on est belle [...] et parce qu'on aime, aussi - parfois, c'est vrai, si on peut faire confiance -, baisser sa garde, abandonner son intelligence, son esprit critique, sa capacité d'analyse, et se laisser porter, emporter par le désir des hommes. C'est ce qui se passe dans l'amour: on n'est plus personne ou on est toutes les femmes en même temps, et l'on aspire aussi à se perdre, à s'égarer, à se confonde avec l'espèce, à se laisser envahir par le féminin générique [...]
si l'on est femme, l'on peut aussi réellement se perdre dans cette affaire-là. Devenir femme perdue.
Il y a là de quoi plonger toutes les jeunes femmes dans une schizophrénie carabinée."
 
CQFD.
 
 
 
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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:47

 
Il s'appelle Chiron, mais on l'appelle Little, puis, plus tard, Black.

C'est un taiseux qui regarde souvent le sol et engloutit les assiettes qu'on lui donne.

C'est un petit garçon qui se fait traiter de tapette par les autres, un adolescent que ces mêmes autres attendent à la sortie du lycée parce que son jean est trop serré, puis un jeune homme qui n'a finalement pas tant changé que ça.
Les trois acteurs qui interprètent Chiron aux différents âges de sa vie ne se ressemblent pas trait pour trait, mais leurs expressions troublantes de similitudes nous permettent d'y croire absolument.

Au départ je suis allée voir Moonlight pour Mahershala Ali, cet acteur qui me fascine et m'impressionne depuis que je l'ai découvert dans House of Cards.
Dommage que son personnage ne soit pas exploité davantage, car, au-delà du charisme de son interprète, il avait une véritable présence et un potentiel dramatique.

Dommage aussi que le rythme soit un peu trop monotone. Ce qui fait la force du film au départ finit par le desservir et nous laisser au bord de la route par moments.
Dommage, parce que certaines scènes sont vraiment fortes, d'une poésie brute et assumée, parce que la mise en scène est maîtrisée, et que le regard de Barry Jenkins est singulier - ses plans sont très réussis d'un point de vue esthétique (la leçon de natation dans l'océan en est la plus belle illustration), et sans complaisance gratuite.

 

Nul doute que la trajectoire douloureuse (mais sans pathos) de Chiron accompagnera mes pensées un bon moment, et que je serai attentive au travail de Barry Jenkins.

 

 
 

 

 

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 11:32

 

Ce n'est pas une histoire banale, et les personnages sont loin de l'être eux aussi.

Et pourtant. Et pourtant, au-delà de l'intérêt dramatique, Transparent a quelque chose d'universel. Cela ne semble pas évident comme ça, au premier abord (on n'a pas tous un père trans qui décide de faire son coming-out à l'âge de la retraite), mais finalement les thèmes évoqués dans la série sont plus généraux qu'ils n'en ont l'air: désir, émancipation, relations aux autres, peur de la solitude... autant de problématiques contemporaines dans lesquelles on peut se retrouver.

Un beau jour, suite logique d'un parcours dont on découvre quelques étapes au fil des épisodes, Mort décide de vivre tous les jours dans la peau qu'il revêt de temps en temps, à l'abri des regards connus (ou presque), depuis des années: celle de Maura. La série commence avec ce coming-out, puis s'élargit pour suivre les péripéties de la famille Pfefferman dont chaque membre est unique à sa manière et haut en couleurs - pas forcément attachant au sens traditionnel, mais fascinant. Et suscitant suffisamment d'intérêt pour qu'on leur emboîte le pas pour plusieurs saisons.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 16:22

 

Hedi a vingt-cinq ans.
Hedi dessine sur son cahier en réunion - il est (un mauvais) commercial chez Peugeot.
Hedi vit avec sa mère, à Kairouan, en Tunisie; il va se marier. Sa fiancée, Khedija, est jolie, cela fait trois ans qu'ils se voient une fois par semaine, le soir, dans la voiture d'Hedi, sans se toucher ni s'embrasser. Une fois mariés, ils iront habiter dans l'appartement que la mère d'Hedi a fait rénover pour eux - avec, tout de même, une entrée séparée.

Hedi étouffe et on comprend pourquoi - à dire vrai, on étouffe avec lui. "Tu veux de l'argent?", "Non, je ne t'accorderai pas de congé pour ton mariage", "Tu mettras cette cravate", "Tu feras du porte-à-porte", "On t'a trouvé un travail", "Avec tout ce qu'on a fait pour toi"... Les injonctions pleuvent de tous les côtés, tout le temps.

Alors la tournée de prospection imposée prend des allures de fuite en avant, et Hedi fait ce dont on a tous rêvé: ne plus répondre à son patron, éteindre son téléphone, se poser face à la mer, savourer cette liberté volée. Pas besoin de plus pour qu'il se révèle à lui-même et se découvre une audace qui le surprend - et lui permettra de rencontrer Rym, femme émancipée qui ne s'excuse pas de vivre sa vie.

Les personnages sont fascinants et complexes (au revoir psychologie de comptoir), et le malaise diffus qui va croissant au fil du film est contrebalancé par la chaleur et la simplicité de Rym. Difficile d'en dire davantage sans déflorer l'intrigue.

Ce film avait pour moi une saveur particulière; il m'a rappelé les odeurs et la lumière, solaire sur la plage, glaciale au restaurant de l'hôtel, les immenses complexes tunisiens désertés par les étrangers effrayés par le terrorisme, les routes défoncées au milieu des champs d'oliviers, les bureaux vides et trop calmes des chefs d'entreprise - la Tunisie que j'ai touchée du doigt à la faveur d'un voyage professionnel.

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 12:32

Je suis allée voir La jeune fille sans mains à cause de cette image - ou plutôt grâce à cette image.

Je n'aime pas les films d'animation. Je m'ennuie rapidement, je n'arrive pas à me laisser emporter, je sens le temps passer, lentement. Mais cette image m'avait fait envie, et je me suis laissé tenter.

La jeune fille sans mains est un magnifique voyage. Visuellement déjà, le film est une merveille. Le dessin si expressif est vraiment magnifique, les trouvailles graphiques s'enchaînent en un enchantement permanent.
Le travail du son, qu'il s'agisse des bruitages (vent, eau, feu, animaux), de la musique ou encore des respirations, rires, chants de la jeune fille, est parfaitement maîtrisé et contribue autant que le dessin à la réussite de ce film. 

Tous ces bruits de la vie, tous ces tableaux donnent au vivant le premier rôle, avant même cette jeune fille aux mains coupées, qui va traverser de nombreuses épreuves sans jamais se départir de son envie de vivre. Les arbres, le linge qui sèche au vent, le goût d'une poire, cette nature si sensuelle nous emporte, on sent presque le vent soulever nos cheveux.
La jeune fille sans mains m'a fait penser au Chant du monde de Giono, un livre sensuel et vivant toujours présent dans mon esprit.

 

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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 10:11

C'est un petit livre, composé de courts textes écrits par Patti Smith en 1991.
Un recueil de textes plus ou moins courts, certains plus poétiques que d'autres, des bribes d'enfance et de jeunesse demeurés intacts, comme pliés au creux d'un grand mouchoir que Patti Smith aurait décidé de sortir du fond de sa poche, des textes où l'on sent presque les hautes herbes des prés, la chaleur du bain et l'encens.

 

 

"J'ai toujours imaginé que j'écrirais un livre, ne serait-ce qu'un petit livre, qui emmènerait le lecteur dans un royaume qui ne pouvait être résumé ni même évoqué par le souvenir."

 

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2 décembre 2016 5 02 /12 /décembre /2016 09:41

 

Chimamanda Ngozi Adichie est une auteure à la mode.
Je ne vais pas mentir, je l'ai moi aussi découverte grâce à la chanson de Beyoncé.
A force de lire des extraits de ses interventions et interviews que je voyais passer sur mes écrans, je me suis laissée tenter par Americanah, presque 700 pages (en poche) où l'on suit la trajectoire d'Ifemelu, sa jeunesse au Nigeria, son départ aux Etats-Unis et son retour au pays une dizaine d'années plus tard.

De l'Afrique à l'Amérique en passant par l'Europe, on découvre toute une galerie de personnages secondaires. Qu'il s'agisse de la jeune coiffeuse du salon de Trenton, du collègue anglais d'Obinze ou de la Tante Uju, aucun n'est négligé, tous prennent vie dès les premiers mots qui les décrivent.
Ifemelu, personnalité impertinente et charismatique, est inspirante, pleine de contradictions qui la rendent encore plus humaine et attachante.

Americanah est un roman passionnant, de ceux qu'on ne veut pas, qu'on ne peut pas lâcher, de ceux qu'on veut faire lire à la terre entière. Parce qu'il y est question d'humanité, de racisme ("en descendant de l'avion à Lagos j'ai eu l'impression d'avoir cessé d'être noire", une phrase qui en dit long sur sa période américaine), de société (Ifemelu pose un regard mordant et sans concession sur ses pairs et leurs travers, comme sur elle-même), de relations aux autres (amoureuses, amitiés, familiales, professionnelles), d'accomplissement de soi, ce texte subtil et intelligent m'a donné envie de me plonger dans tous les écrits de Chimamanda Ngozi Adichie, qui mérite plus que d'être réduite à un effet de mode.

 

 

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 10:04

 

Un journal tenu par deux sœurs pendant la drôle de guerre, l'exode et surtout l'Occupation.

Un journal tenu par deux filles si différentes qui se découvrent peu à peu femmes, un apprentissage qui prend une couleur particulière avec un contexte si noir en toile de fond. Et pourtant, si noir qu'il soit, c'est un journal plein d'états d'âme, d'interrogations sentimentales et personnelles, d'un souci de l'avenir et de réflexions qui sonnent encore juste aujourd'hui, preuve d'une modernité aiguë.
Preuve en est cette perception si mature et lucide d'une Benoîte de même pas vingt ans quant au sort des femmes: « Voilà encore un problème, un drame auquel l'homme échappe. Pour lui le vieillissement n'est pas un handicap et le démon de midi n'est qu'un bon diable auquel il peut obéir sans déchoir. […] Myriam, elle, sera bientôt une vieille peau, et ce terme n'a pas de masculin. […] Aux yeux des hommes, passé 50 ans – et je suis large –, une femme n'est plus qu'une mémée. »

C'est un journal touchant dans sa proximité qui nous fait nous interroger nous aussi sur les relations que nous entretenons avec nos sœurs, nos mères. Les chamailleries et autres disputes, les incompréhensions, les réconciliations, frappent par leur vérité. Bien sûr, Flora et Benoîte sont issues d'un milieu privilégié, mais qu'importe, ce n'est pas la question.

Leurs questionnements de filles, de jeune filles, puis de jeunes femmes sont terriblement modernes parce que toujours pertinents soixante-dix ans après. 

« J'aime bêtement et de plus en plus la nature, avec un grand N. C'est là qu'on connaît des minutes de parfait bonheur. Non pas que je découvre la réponse aux questions qui me trouble, mais parce que, brusquement, elle cesse de se poser. L'ambition, la réussite sociale, cesse d'avoir un sens, de paraître primordiales. Le présent plie tout le champ de l'existence et c'est dans ce cas seulement qu'on peut vivre sans arrière-pensée . »

« Je finirai bien un jour par savoir qui je suis. »

« Comme il est bon, une fois en passant, de ne pas voir plus loin que le bout de ses lèvres… »

Bien évidemment, la question du mariage ne se pose plus de cette façon aujourd'hui, mais la réflexion sur la place des femmes, l'avortement que subit Benoîte (surtout à notre époque où on a l'impression de revenir en arrière à ce sujet), la sexualité libérée elle aussi par les alliés… Autant d'éléments inspirants et annonciateurs du parcours féministe de Benoîte.
Et autant de piqûres de rappel pour ne rien lâcher.

 

Journal à quatre mains
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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 14:18
Aquarius

24 heures plus tard je ne sais toujours pas que penser d'Aquarius; et me voilà à réfléchir comme Clara, sur mon canapé, le même moleskine rouge qu'elle sur les genoux.

Le film est assurément long.
Trop long parfois, comme le discours que déclame le mari de Clara devant toute la famille réunie pour l'anniversaire de la tante Lucia.
Trop long et en même temps, quand le noir se fait pour de bon, on se sent presque abandonné – déjà ?

Clara n'est pourtant pas très sympathique, le rythme est particulier, la temporalité incertaine (c'est toujours la saison de se baigner à Boa Viagem, on fait allusion à un voyage de Clara dont on n'a pas connaissance).

Alors peut-être que c'est la musique qui nous happe – une part plus qu'importante de la vie de Clara.

Sûrement son charisme, aussi. Son port de reine avec son chignon haut perché, son visage, son être impressionnants.

Et aussi parce que c'est rare, un portrait si fin d'une femme dans sa soixantaine. Une femme qui ne renonce pas au plaisir physique, qu'il s'agisse d'un bon verre de vin ou d'un mégot illicite ; une femme qui assume ses désirs et ne renonce pas aux hommes ; une femme qui peut s'amuser comme une gamine avec sa bande ou danser toute seule chez elle. 

Ça existe certainement depuis longtemps, depuis toujours, mais c'est plutôt rare sur nos écrans.

Aquarius
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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 13:11

Marchant sur de vieux tapis fanés, ces dandys-marquis des siècles derniers et de notre ère, aux superpositions étudiées (manches ultra-longues, rayures sur coton, précieux jacquards, velours aux teintes écrasées), ont l'indolence excentrique. De jeunes héros égoïstes, insolents, qui noient leur torpeur dans les substances illicites.

Décadence 70's, romantisme XIXème, jabots et poignets à volants pur XVIIIème, les époques se rencontrent et s'accouplent pour donner naissance à ces hommes hybrides, un peu Mick Jagger, un peu Casanova, un peu Plantagenêt.

Burberry, September Collection
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