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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 13:36

 

L'ouverture nous laisse sans souffle. Les scènes nous mettent à mal et s'enchaînent de plus en plus vite, le montage accentue cette accélération, la lumière, les sons, la (géniale) musique nous agressent, on manque d'air.

Le ton est donné.

Nerveux.
Electrique.
Déjanté.
Et en cela jubilatoire.

Le scénario, complètement dément, comporte des répliques et rebondissements aussi insensés que jouissifs, qui ne sont pas sans rappeler d'autres frères du cinéma (mais rapporter le talent des Safdie à celui des Coen serait injuste et réducteur).
Les personnages déjantés sont plus vrais que nature: Robert Pattinson, évidemment (qu'il est loin le playboy Dior), plus que perturbant en petite frappe manipulatrice, doucereuse et inquiétante; Jennifer Jason Leigh, vieille petite fille riche et fêlée qui nous retourne au premier regard; Buddy Duress, gueule cassée de looser pathétique (mais tellement drôle); jusqu'à l'éducateur de Nick qui ouvre le film et donne le ton de cette galerie d'iconoclastes.
Les décors (Adventureland en tête, jusqu'au moindre fast-food) sont terriblement bien choisis, tout comme les costumes.

Au milieu de cette course folle, quand on peut reprendre son souffle, quand on ne rit pas (car on rit beaucoup devant Good Time, et heureusement d'ailleurs, sinon on s'effondrerait de tant de noirceur), le désespoir, la misère affleurent, au détour d'une chambre d'hôpital où une vieille dame se meurt, dans le salon d'une maison miteuse où une femme pas si vieille mais édentée, abimée prend ses somnifères quotidiens, à la porte de ceux qu'on n'hésite pas à réveiller en pleine nuit, lampe de poche braquée en pleine face.

Mais le sprint reprend, et les frères Safdie (comme nous) prennent un malin plaisir à faire détaler Connie dans un New-York qu'on ne voit pas souvent. La photo, étouffante et contrastée comme dans un jeu vidéo (superbes scènes à Adventureland ou encore dans cette chambre du Queens éclairée à la seule lueur d'un écran de télé neigeux) et la mise en scène pleine de génie exacerbent le sursis de Connie: il s'essouffle dans une course perdue d'avance. Quand on le voit courir d'en haut au milieu de rampes bétonnées, comme une balle de flipper, on sait que tout est perdu (très belle scène à la fin du film).

Faux polar, vrai film noir.
Jubilatoire.

 

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14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 09:37

 

Vivian Maier.
Miss Maiers.
Vivian Meyer.
Viv.
Miss V. Smith aussi, parfois.

Autant de noms que de facettes de cette femme pas banale dont John Maloof acquit des centaines de photographies par hasard, aux enchères, quelques temps à peine avant sa mort. Des photographies, mais aussi des négatifs, des chapeaux, des reçus, de vieux tickets de bus, des coupures de journaux, le tout par centaines et contenu dans une multitude de boîtes.

L'histoire est désormais connue. Maloof découvrit le caractère exceptionnel du travail de Vivian Maier et s'efforça de reconstituer sa vie et de faire connaître au monde cette oeuvre si forte et singulière.
C'est ce travail de découvertes, d'enquête que retrace ce documentaire prenant et fascinant (et preuve de l'immensité de la tâche abattue par John Maloof). Impossible d'en dire plus sans déflorer les révélations qui seront faites sur Vivian Maier, mais le montage intelligent, le suspense de cette quête presque enquête (qui m'ont rappelé le très beau Sugar Man), l'esquisse sans fards d'une femme complexe et touchante nous tiennent en haleine sur les traces de Vivian Maier.

Personnalité singulière sans conteste, abîmée aussi, très certainement, figure émouvante et ambiguë, pleine de secrets et de manies, qui possédait un don véritable pour observer ses confrères humains, personnage rêvé de roman auquel je m'attaquerais avec délices si je m'appelais Joyce Carol Oates.

 

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12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 11:21

 

L'allure est dépouillée, presque austère.
Maquillage invisible, coiffure faussement négligée (n'oublions pas qu'au royaume de la mode tout est artifice).
Sauf que.

Sauf qu'il y a le haut de sa robe, savamment oversize.
Un col à la pointe plus longue qu'à l'ordinaire, une ligne d'épaule qui meurt en se jetant sur le haut du bras, une manche bouffante et un haut poignet, comme un mousquetaire.
Une chemise de peintre ou de mousquetaire, qui me fait penser à cet autoportrait de Courbet, sans que je comprenne bien pourquoi.

Sauf qu'il y a ces escarpins bleus, d'un bleu eighties, à la ligne faussement carrée sur le coup de pied. Des escarpins à talon haut, mais pas trop.
Et au-dessus de cet escarpin, au-dessus de ce pied, autour de cette cheville danse une chaînette. Elle a de gros maillons argentés, et une breloque à quatre pans - trèfle à quatre feuilles ou simple fleurette.
Et ce trèfle, cette fleurette, cette breloque à quatre pans, je la vois s'agiter, je l'entends tinter, elle chante l'été, les soirs de fête, la légèreté, la douceur des soirs de printemps, elle sent le champagne et le sable mouillé, la danse sur les toits.

Le pouvoir évocateur de la mode, on n'en parlera jamais assez.

 

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:48

 

Lili avait besoin de partir, alors elle est partie. Elle quitte Manosque et les bars enfumés qu'elle ne connaît que trop pour aller pêcher en Alaska.
L'Alaska, le bout du monde, la dernière terre avant la mer, la vraie, celle à laquelle Lili veut se frotter.

La pêche aux flétans, la vie à bord, les hameçons que l'on prépare, le bizutage des greenhorns, les litres d'alcool que l'on ingurgite à terre quand on débarque («repeindre la ville en rouge»), tout devient peu à peu familier, et l'on se surprend à étouffer quand on reste trop longtemps à terre, nous aussi.

L'écriture de Catherine Poulain énumère, égrène sans s'appesantir. Les sentiments, les évènements, le quotidien, le rêve, les nuits de travail, l'heure du café. Sans hiérarchie ni prédominance de l'un sur l'autre. Tout est important, rien ne l'est vraiment.
Ses mots sont secs, ses phrases courtes et sans détours. De cette épure se dégage une grande poésie des éléments et de l'humain, aux tonalités par moment lyriques.

Au début je me suis perdue. Les noms de lieux, les noms des gens, ce personnage qui m'agaçait et me fascinait à la fois (parce qu'elle a eu le courage de partir et de se frotter à son désir si puissant?), les relations entre les individus... Et puis j'ai compris. Il faut du temps; les grands marins ne s'apprivoisent pas comme ça.
Il lui en a fallu du temps à Lili, aussi, pour obtenir une couchette, pour qu'on la respecte comme pêcheuse, pour qu'on lui parle, enfin, vraiment, pour qu'on arrête de croire qu'elle est une «touriste venue faire une expérience, se taper des mecs et raconter après qu'elle a connu l'extrême.»

Le grand marin nous embarque dans un monde à vif comme ceux qui le peuplent.

 

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 09:06

 

Sils et Jenny n'ont aucun don pour la vie matérielle. A presque soixante ans, ils doivent quitter la librairie de livres d'exception et d'occasion qu'ils tiennent depuis des années; ils n'ont nulle part où aller.

"En fait, nous étions façonnés de lectures et de rêves (et d'expériences plus poétiques que stratégiques), ce qui pouvait ne pas sembler malin alors que les temps nous demandaient de nous montrer dynamiques, électroniques, immédiats et vifs, hypermodernes, ne sachant même plus ce qu'était un roman."

Jusqu'à ce que Jenny se rappelle la Survivance, cette ruine des Vosges qu'ils avaient achetée dans les années 70. Alors étudiants, ils avaient essayé d'y vivre avant d'abandonner juste avant l'hiver. "Tu es folle" lui rétorque Sils, mais finalement c'est là qu'ils trouvent refuge et s'installent. Elle à l'"intérieur" (le toit est cassé et il n'y a qu'une seule pièce à partager avec les bêtes), lui dans une tente militaire à l'extérieur.

Elle bêchera, plantera, s'occupera du jardin et de la nourriture, il se chargera du bois et cultivera son intérieur, relisant les livres qu'il a peur de ne pouvoir emmener, après, et se lançant dans une quête chromatique sur les traces de Grünewald. Elle se fondra dans le décor, observera les cerfs, ira contempler le monde du haut de la montagne; il s'angoissera face à la mort, préparera son héritage et lui reprochera de se lancer des fleurs.

Survie du corps et de l'esprit, beauté cruelle du monde, liens au vivant et ponts vers l'intellect, La Survivance est un roman éblouissant sur le monde, le rêve et la vie.

 

"Nous étudiions, et c'était rêver, c'était agrandir les possibilités du monde."

"C'est le sursis qui donne à la vie son parfum déchirant, exquis."

 

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30 août 2017 3 30 /08 /août /2017 08:20

 

Le Sud, sa beauté vénéneuse, empoisonnée par le sang des esclaves et la haine du KKK lyncheur.
Le Sud, sa végétation luxuriante, envoûtante comme l'imposant magnolia des Pays lointains de Julien Green.
Le Sud, ses moeurs surannées, ses crinolines d'un autre temps et ses maisons blanches démesurément grandes où tinte encore le faste passé.
Le Sud, en vert et blanc comme la célèbre robe d'un fameux pique-nique.
Le Sud, machine à fantasmes des sensualités et sentiments bridés, terre de passions troubles comme la brume emmêlée dans les arbres noueux de la forêt que traverse, chantonnant et panier au bras, véritable petit chaperon, la petite Amy dans la première scène du film.

A l'intérieur comme à l'extérieur de la maison, toutes les scènes semblent un peu troubles, comme le verre sale de la vitre à travers laquelle les pensionnaires regardent Miss Martha échanger avec la patrouille. La lumière n'est jamais franche - blanc laiteux la journée, doré faussement chaleureux de la lueur des lampes à pétrole le soir; une magnifique photographie, à mi-chemin entre David Hamilton et Sarah Moon, qui confère au film sa beauté asphyxiante et tourmentée. Une esthétique accentuée par des plans très léchés et graphiques: ciels envahis par les noires circonvolutions des branches, lignes d'horizon entre chien et loup où les sombres fumées du front s'accrochent à la cime des arbres - de véritables photographies. Les prises de vue lointaines, en dehors, renforcent le sentiment d'étouffement lent et toxique. Comme depuis une planque, on espionne en voyeur la grande maison blanche, cernée d'immenses bois noirs, repliée derrière sa grande grille de fer rouillé, demeure fantomatique ou de conte de fées dont l'accès nous serait interdit.

Le lieu parfait, isolant et isolé, propice à cet ennui cher à Sofia Coppola - un ennui précipitateur de passions. C'est le caporal John McBurney qui en fera les frais, recueilli (ou bien échoué comme Ulysse?) dans ce pensionnat de jeunes filles tenu vaille que vaille par la rigoriste Miss Martha - incarnée par une Nicole Kidman qui excelle dans cette partition de désirs refoulés.

La présence du mâle va semer le désordre et la confusion sous ces latitudes féminines. Des plus enfantines à la timide Edwina (Kirsten Dunst toute en retenue et sentiments contrariés) jusqu'à Miss Martha elle-même, sans oublier les provocations adolescentes de la jeune Alicia (délicieuse Elle Fanning qui nous prouve qu'elle a bien plus de cordes à son arc que celui de la jeune ingénue - hâte de voir ce que nous réserve la suite de sa carrière) en prise avec les émois de son âge, toutes n'auront de cesse de se disputer les faveurs du yankee, campé par un Colin Farrell qui tient là enfin un vrai rôle, tout en contradictions apparentes et ambiguïtés.

Il est rare de voir le désir féminin se manifester de manière si explicite au cinéma (ou ailleurs d'ailleurs). Un désir charnel, que l'on ne vient pas encombrer de sentiments artificiels et banals censés l'atténuer, amoindrir sa force, voire le justifier. Car il est bien question de chair ici - la scène où Miss Martha lave le caporal inconscient en est la manifestation la plus évidente, une scène d'un érotisme non dissimulé.

Les Proies est bel et bien signé Sofia Coppola: désoeuvrement, enfermement, isolement, libertés et désirs réprimés, communeauté de filles, esthétisme assumé, voire revendiqué avec le choix de la police du titre qui ouvre le film. Edwina derrière sa fenêtre n'est pas sans rappeler Charlotte derrière la baie vitrée de son hôtel tokyoïte, les jeunes sudistes du pensionnat sont les cousines éloignées des soeurs adolescentes de The Virgin Suicides, Lux semble même habiter la jeune Alicia... Les similitudes sont nombreuses, et les héroïnes semblent se faire écho et se refléter les unes dans les autres à l'infini.
"Je suis une fille" dit l'une des jeunes élèves au début du film, une phrase de leçon qui prend a posteriori des allures de clin d'oeil que Sofia Coppola semble s'amuser à semer au cours de son dernier opus.
Mais en faisant passer le flambeau de la fougue adolescente de Kirsten Dunst à Elle Fanning, en faisant grandir son héroïne, Sofia Coppola aurait-t-elle bouclé un cycle?

 

 

 

 

 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 10:01

Sichuan, début des années 80. Fabienne Verdier part pour la Chine après s'être battue pour l'obtention d'une bourse. Le pays sous emprise maoïste saigne encore des plaies de la Révolution Culturelle.

A travers les yeux de Fabienne Verdier, c'est tout un monde que l'on découvre. Un monde au fonctionnement opaque, où la terreur et la soumission règnent. Une société qui a tourné le dos à son passé et le renie.
Il faudra patience, persévérance et courage à Fabienne Verdier pour obtenir le droit de suivre l'enseignement qu'elle a choisi: la calligraphie.

Outre l'aspect documentaire, voire historique, de ce texte qui a commencé à combler mes lacunes sur l'histoire de la Chine, c'est le cheminement intellectuel et sensitif de Fabienne Verdier qui m'a passionnée.
Une nouvelle façon de voir le monde que ses maîtres lui apprennent, un rapport au temps différent (un apprentissage dure au minimum dix ans!), l'humilité face au monde, la contemplation de la nature et l'émerveillement que l'on en retire, l'ascèse qui découle naturellement de tout cela, et la magie de la créativité qui en naît.

 

***

"il faut apprendre, puis oublier ce qu'on a appris, retrouver le naturel jusqu'à parvenir à créer sans effet [...] il est très difficile de retrouver sa véritable nature, surtout à une époque où la famille, l'éducation, les règles sociales, la pression des autres, les modes nous façonnent à notre insu."
enseignement de Maître Huang à Fabienne Verdier

"J'ai appris que l'extase, qu'elle se crie ou se taise, n'est pas un don du ciel qu'on attend les bras croisés, mais qu'elle se conquiert, se façonne, et que l'intelligence y a aussi sa part."

 

Fabienne Verdier au travail


 

 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 20:59

 

C'est une histoire vieille comme le monde.

Une fille dont la mort laisse le monde indifférent (au point de se commander des cafés dans la chambre d'hôtel où elle est morte), un homme d'affaires richissime, influent et intouchable, un témoin gênant, un flic obstiné, une chanteuse fatale et des milliers de cigarettes.

Sauf qu'on est au Caire, à la veille de la révolution.

Le visage de la morte s'étale sur de gigantesques panneaux publicitaires, l'homme d'affaires s'affiche, souriant, les bras croisés, au bord des routes et dans tous les journaux, le témoin, une jeune femme de ménage soudanaise, ne compte pas se laisser faire, le flic touche des pots de vin à chaque coin de rue, la chanteuse fatale trébuche du haut de ses talons à plateforme, et les cigarettes, des Cleopatra, viennent à manquer.

Les histoires se télescopent et, si au départ le chemin est balisé, on finit par ne plus savoir où l'on va, désorienté par les détours inattendus, envoûté par une bande originale aux vapeurs toxiques, rattrapé par l'Histoire et écoeuré d'une humanité si souvent laide.

 

"Tu te crois en Suisse?"
demande au flic l'intouchable influent.
"Il n'y a pas de justice ici."

 

 

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 09:54

 

 

A Monterey, banlieue friquée de la Silicon Valley, des itinéraires de femmes qui se croisent, se rencontrent, se soutiennent, se heurtent aussi, parfois. Au second plan, une intrigue policière dont la victime et l'assassin ne seront révélés qu'au dernier épisode.

 
Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Le lisse est toujours plus rugueux qu'il n'en a l'air, le laid se cache souvent le beau, les aspérités sous la perfection... En plus la fin se laisse deviner bien avant le dernier épisode.
 
Et pourtant.
 
Peu importe que rien ne soit vraiment nouveau; le regard posé dessus l'est.
La tension monte, l'étouffement aussi, intensifiés par la répétition implacable d'un quotidien qui accable les personnages. Ballet de la dépose des enfants à l'école, footing de Jane, café du matin... Une mécanique bien huilée dont la perfection est exacerbée par la beauté des décors (qu'il s'agisse de la nature comme des maisons des personnages), des acteurs, par l'esthétique des plans et du montage intelligent.
Ce monde privilégié qui fonctionne en vase clos favorise, comme une formule chimique, la formation de précipités de jalousies, rancoeurs et autres médisances au service du scénario (pour notre plaisir coupable, on doit bien l'avouer).

Au-delà de l'intrigue, cet environnement fermé permet aux personnages féminins de prendre toute leur ampleur. A première vue tout paraît si évident, presque téléphoné, et puis non. Petit à petit chacune se dévoile, dans une complexité rarement autant développée et nuancée dans les fictions.
On comprend au fur et à mesure les renoncements, les compromis de leurs vies de femmes.
 
Serait-ce là le vrai sujet de Big Littles Lies? Des vies de femmes bien réelles, pour qui être mère ne suffit pas, ne suffit plus (oh, le beau réveil de Celeste lorsqu'elle revêt à nouveau son costume de professionnelle!), ou dont les postes à hautes responsabilités soulèvent d'autres questions (le personnage de Renata est de ce point de vue particulièrement intéressant et complexe), des femmes dont les amitiés inconditionnelles sont autant de formes de résistance et d'amour aussi, en un sens.
 
Oui la fin est peut-être un peu trop belle pour être vraie - mais après tout pourquoi pas? On nous a tellement habituées, depuis notre naissance, à envisager toutes les autres comme des rivales, des ennemies, que la sororité nous paraissait jusqu'il y a peu presque suspecte.
 


 
 
 
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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 09:32

Manhattan, années 50, lundi 2 Janvier.
Caroline commence à travailler comme secrétaire aux éditions Fabian pour noyer le chagrin de fiançailles rompues.
La jeune April, fraîchement débarquée du Colorado pour tenter sa chance comme actrice à New York, commence en même temps qu'elle, ainsi que Gregg, une jeune actrice.
Autour d'elles gravitent d'autres femmes: Barbara, jeune divorcée avec une petite fille; Miss Farlow, une des rares cadres femme de chez Fabian; la mère de Barbara; Marie-Agnès, jeune fiancée qui se marie dans un an, cette autre qui vient de se marier...

Toutes ces jeunes femmes célibataires n'ont qu'un seul but en tête: se marier, et sont prêtes à renoncer à leur travail si besoin (voire n'attendent que cela pour certaines).
Il faut replacer les choses dans leur contexte: Rien n'est trop beau a été écrit dans les années 50, une donnée qu'il faut bien garder en tête. 

Et pourtant, si ce roman a remporté tant de succès à sa publication de l'autre côté de l'Atlantique, c'est aussi parce qu'il dépeint avec justesse les contradictions de ces femmes et la dureté (doux euphémisme) des relations que les hommes leur imposent. Misogynie et paternalisme au travail, infantilisation, injonctions, agressions et droit de cuissage, méfiance vis-à-vis du divorce, avortements clandestins et les dangers qui vont avec...
Non, il ne faisait pas bon être une femme dans les années 50. 

Rien n'est trop beau est un roman qui ne vieillit pas très bien. Difficile de ne pas s'agacer de cette aspiration continuelle au mariage, de cette idéalisation de la vie conjugale totalement surannée, mais l'intrigue est malgré tout captivante (comment ne pas s'attacher à la sagace Caroline?), les personnages, plus complexes qu'ils ne le semblent de prime abord, s'empêtrent dans leurs conflits intérieurs, et certains thèmes vraiment modernes sont évoqués (liberté, IVG...).
Un rappel de nos droits difficilement acquis ne fait jamais de mal, surtout à l'heure où ils sont clairement menacés.

 

Parce que la couverture est vraiment trop laide, nos chères héroïnes de Mad Men

 

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