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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 13:11

Marchant sur de vieux tapis fanés, ces dandys-marquis des siècles derniers et de notre ère, aux superpositions étudiées (manches ultra-longues, rayures sur coton, précieux jacquards, velours aux teintes écrasées), ont l'indolence excentrique. De jeunes héros égoïstes, insolents, qui noient leur torpeur dans les substances illicites.

Décadence 70's, romantisme XIXème, jabots et poignets à volants pur XVIIIème, les époques se rencontrent et s'accouplent pour donner naissance à ces hommes hybrides, un peu Mick Jagger, un peu Casanova, un peu Plantagenêt.

Burberry, September Collection
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20 septembre 2016 2 20 /09 /septembre /2016 14:16

Une manière de relever le col de sa chemise, d'un seul côté seulement, de la boutonner à la naissance de la poitrine, de la basculer sur le côté pour mieux révéler la ligne de l'épaule, une clavicule saillante, et déséquilibrer la rigueur d'une popeline au rayé tranchant.

Une manière de porter le pull marin, comme enfilé à la va-vite, d'en retrousser les manches comme pour aller plonger les bras dans le sable, dans les herbes, et laisser le col ouvert sur la chemise austère.

Une manière de se débrailler prétendument sage, une sensualité faussement désincarnée qui sent la lande anglaise, la fin des terres devant la mer, le gris des nuages dans le ciel.

Margaret Howell, Printemps-Eté 2017
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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 11:45

La première silhouette se fait l'annonciatrice: graphique, épurée, acérée.

Tout ce qui, pour moi, est caractéristique de Proenza Schouler, se verra sublimé dans cette collection.

L'aplomb des pièces, les matières texturées, les jeux de maille presque techniques, les couleurs qui claquent, la singularité des volumes, les associations graphiques, les proportions électriques... Tout ce qui constitue l'essence même de la marque est là, tout ce qui me rebutait parfois dans les collections précédentes (des coupes trop étranges, des contrastes trop durs) est ici magnifié, aiguisé, repoussé dans les retranchements d'un extrême raffinement.

On pourrait croire à un assagissement raisonnable et tempéré - on aurait tort.
Âge d'or en vue chez Proenza Schouler, pour le prochain été.

Proenza Schouler, Printemps-Eté 2017
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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 12:24

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C'est un livre sur lequel j'ai bien du mal à poser des mots.

Pour décor, les highlands écossais, la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Ecosse, l'Australie, et le souvenir de Londres, des navires où les cales puent la peur et l'entassement, des églises austères où le moindre petit ruban a valeur de péché originel, des terres hostiles, aux hivers trop rigoureux ou aux températures trop chaudes, des rivières et des arbres meurtriers, des maisons d'où l'on voit la mer.

Une femme, Isabella, un peu trop originale pour une époque où on avait vite fait de qualifier de "sorcière" un esprit libre.

Sa petite-fille, Maria, ou la sorcière de Waïpu, qui, elle aussi, refuse de se soumettre, et le paiera de sa liberté.

Une épopée, celle d'un peuple chrétien qui se soumet au charisme et à l'autorité d'un prédicateur et qui va endurer les traversées en mer, les terres à défricher et les châtiments d'un Dieu auquel ils se doivent de croire sans condition sous réserve de se faire exclure de la communeauté.

 

 

Une atmosphère à la Jane Campion, et des personnages complexes qu'il est difficile de comprendre au départ.

Et pourtant on est peu à peu envoûté par ces "sorcières", par ce périple mystique, par cette spiritualité omniprésente, par ce poids de la fatalité qui voit le passé faire écho au présent.

Un roman âpre sur la résilience de l'âme, sur la résistance comme sur les faiblesses humaines.
Un livre de secrets.

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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 15:06

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J'avais envie d'aimer ce film.

A cause d'Anders Danielsen Lie, et de sa grâce qu'il promène de film en film.
A cause du souvenir de Memory Lane.
A cause des promesses contenues dans tout cela.

Je n'ai pas réussi à m'émouvoir, je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à ces jeunes trentaires trop étudiés, peut-être, sans doute, parce qu'ils me ressemblent trop?
J'ai compris Lawrence, j'ai compris les parents, mais Zoé m'est restée totalement opaque.
Ce qui aurait dû me toucher m'a laissée de marbre, voire même agacée par moments.

Dommage.

 

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17 février 2016 3 17 /02 /février /2016 16:53

Illustration by René Gruau, Brigitte Bardot with a red hat.:
René Gruau

 

Ce chapeau, je l'ai posé négligemment sur mon mannequin. La tête penchée et de travers, un peu comme si je l'y lançais là tous les soirs depuis l'entrée.
Comme si j'ouvrais la porte d'un coup de talon, comme si j'entrais triompheusement, suintant la poussière et le feu, l'odeur métallique du sang et la fatigue des chevaux.
Comme si mes bottes claquaient sur le plancher, et que le whisky coulait tout seul à ma seule apparition.

C'est un chapeau à prix modeste - je l'ai même acheté soldé -, mais il est fait en Italie! Quand j'y pense j'oublie le whisky, le désert, c'est le Campo dei Fiori que je préfère.

Ce chapeau, il m'a fait un mal de chien. Au cou, aux trapèzes, et même jusqu'aux nerfs optiques! C'est qu'il me force à regarder loin devant.

Ce chapeau, je l'ai voulu, puis je l'ai eu, je l'ai porté, au sommet de ma tête, du bout des doigts et sur la pointe des pieds, mais je ne l'ai pas encore usé.

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:00

https://i.ytimg.com/vi/6jWi2wQjr3M/hqdefault.jpg

 

Farah vient de passer son bac, mais les résultats, elle s'en fiche.
Farah a dans les dix-sept ans, et ce qui compte pour elle, c'est la musique.
La musique, elle en joue avec Bohrène, qu'elle prend aussi du plaisir à embrasser, la nuit, sous les oliviers.
Jusqu'ici rien que de très banal; une jeunesse ordinaire.

Sauf que, pendant qu'ils s'embrassent, sous les oliviers, leur ami Ali fait le gué, sauf que, quand il est l'heure de rentrer, Farah est la seule fille du bus et l'on voit bien les regards que cela suscite, sauf que, alors que Farah veut juste exister, c'est sa mère que l'on met en garde du bruit de sa vie.
Nous sommes dans la Tunisie de Ben Ali, et la vie alors est soumise à la corruption et aux abus autoritaires.

La vitalité de Farah, son appétit, sa volonté farouche de vivre comme elle l'entend, et surtout, comme elle devrait pouvoir être libre de le faire, crèvent l'écran. On aimerait qu'il ne lui arrive rien, qu'elle garde toujours cette fraîcheur, cette énergie, cet allant – mais nous sommes à Tunis, et le printemps arabe n'a pas encore eu lieu.

Superbe portrait d'une jeune fille en passe de devenir femme, relations mère-fille dépeintes avec finesse (grâce au jeu tout en subtilité des actrices), évitant tout raccourci manichéen et simpliste, le premier film de Leyla Bouzid a le goût de la rage et de l'insolente ardeur de la jeunesse.
Un coup de poing dans nos ventres d'européens à la mémoire souvent trop courte, une piqûre de rappel pour les femmes françaises que nous sommes pour nous exhorter à ne jamais renoncer, à ne jamais faiblir, à ne jamais nous endormir.

 

 

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 13:01

Nuit du dimanche au lundi.

Cette bougresse ne devrait-elle pas renoncer à son statut nocturne, puisqu'on n'y dort jamais?
Ne devrait-on pas plutôt l'appeler "grande boucle" tant notre vélo y fait tourner ses roues?
Ou bien "le grand huit", en raison des sommets et des abysses auxquels notre âme est soumise?
Ou encore "les heures des horreurs", les cauchemars y étant légion?

Le sommeil ne survient que lorsque le réveil le lundi matin nous tire hors d'une nuit que nous sommes heureux de quitter, une nuit qui ne mérite pas son nom.

 

janusmiralles-2 L’artiste philippine Janus Miralles réalise de très beaux portraits abstraits en mélangeant la photographie avec de la peinture comme moyen de création. Souvent en noir et blanc, les visages sont effacés avec une certaine noirceur, comme s’ils avaient été brulés. Une sélection de son travail est disponible dans la galerie.:

Janus Miralles

 

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17 décembre 2015 4 17 /12 /décembre /2015 16:05

Les vampires, je suis tombée dedans quand j'étais petite.

Seconde moitié des années 90, c'est les vacances. Ma mère me rapporte de la bibliothèque où elle travaille des VHS par dizaines, et un jour, le voilà: Dracula. Le film de Coppola n'a alors que quelques années et me marque à tout jamais.
Les décors gothiques à souhait, le brouillard, l'obscurité, la séduction troublante d'un vampire au romantisme sulfureux plus attirant que le jeune Keanu Reeves, je me rêvais en Mia-Winona, ensorcelée, presque damnée.

http://3.bp.blogspot.com/_DYbrWcVn5Us/Sr5phU5BS2I/AAAAAAAAODI/-mG_qLQECOI/s400/Dracula_Coppola_002.jpg

 

Puis, après quelques mois passés à jouer frénétiquement à Dracula, le jeu sur CD-Rom (!) et à rêver de Transylvanie, les années Buffy. Les vampires me semblaient bien laids, mais continuaient de me fasciner - et puis bon, Angel, le mythe du mec compliqué à souhait, l'histoire impossible, tout ça.

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Quinze ans plus tard, nouveau choc cinématographique: Only lovers left alive, de Jim Jarmusch avec la magnétique Tilda Swinton. De Detroit à Tanger, les tourments existentialistes et esthétiques d'un couple de vampires âgés de milliers d'années. L'atmosphère rock'n'roll, la BO ensorcelante, le charisme envoûtant de ces Adam & Eve millésimés... j'avais envie d'être, moi aussi, vampire, à Tanger.

http://cdn2.thegloss.com/wp-content/uploads/2014/04/tilda-swinton-only-lovers-left-alive.png

 

Et puis, cet automne, la découverte de True Blood. Les rebondissements rocambolesques ne sont pas sans me rappeler Buffy, mais les dialogues sont désopilants (Dieu bénisse Lafayette); je commence à délaisser Tanger pour la Louisiane, Gary Oldman pour un Viking nommé Eric Northman.

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(le viking lit)

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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 15:20

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Pourquoi ai-je décidé de le lire cette semaine, plutôt que Pot-Bouille qui attendait lui aussi dans la pile?
Pourquoi lire déjà un autre roman de Sorj Chalandon alors que j'avais encore Mon traître à l'esprit?

L'appel d'Antigone sans doute.
Antigone, celle d'Anouilh, que ma sœur m'a offert il y a plus de quinze ans, que j'avais dévoré et aimé sans trop savoir pourquoi.
Antigone, que j'ai eu la chance de voir l'année dernière à la Comédie Française, pour ma première fois dans ce lieu mythique.

Du Liban je ne sais rien. De cette guerre qui battait son plein alors que je n'étais qu'un bébé, je ne connais rien. Juste une expression, celle qui désigne une pièce où le désordre règne en maître: "Oh la la, c'est Beyrouth ici".
Du Liban je ne savais rien, jusqu'à cette lecture électrique: Le jour où Nina Simone a cessé de chanter de Darina Al-Joundi, que j'ai pu voir sur scène - drôle de coïncidence pour quelqu'un qui va assez peu au théâtre. Ce livre, que j'ai souvent offert, sa force de vie, sa rage de vaincre, je ne les ai pas oubliés depuis.
Et aujourd'hui, Le quatrième mur. Je crois que les temps qui courent m'ont donné soif de cette force, de cette rage, alors j'ai tout mélangé dans mon esprit, Antigone, Anouilh, Paris, Darina, et j'ai commencé ma lecture.

Au début j'ai eu peur; trop de points entraient en résonance avec Mon traître, je voyais en Sam le spectre de Tyrone, une nouvelle figure d'ami/mentor/frère/père, et en Georges un jeune idéaliste se frottant à un conflit qui n'est pas le sien, un Antoine oriental.
Et puis assez vite, le récit a basculé, l'Irlande s'est effacée et a permis aux personnages de s'incarner pleinement.
Et au tourbillon du théâtre, de la vie, de la guerre, de souffler sur le récit.

Aussi captivante une lecture soit-elle, si elle soulève des interrogations, si elle retourne des pans de mon esprit, il est rare qu'elle me procure des émotions brutes et fortes comme je peux en avoir au cinema. Le quatrième mur m'a emportée comme rarement un livre l'a fait, dans ce Beyrouth à feu et à sang, criblé de snipers et de cadavres. J'ai mordu la poussière avec Georges, j'ai rencontré Marwan, Charbel, Imane et Nawad. J'ai mélangé mes laissez-passer, j'ai été maladroite, j'ai cru que je comprenais.

Et quand pour Georges tout a été fini, une envie d'Anouilh, de théâtre, et de vie.

 

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