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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 22:39
Journal d'une femme de chambre

Trois ans déjà depuis Les adieux à la reine. Trois ans déjà et j'avais encore en tête ses images, sa lumière, sa vie, puisque c'est tout cela qui a présidé à mon retour dans les salles obscures en ce soir d'Avril où le printemps semble disparu à jamais.
N'ayant ni lu le roman d'Octave Mirbeau ni vu l'adaptation de Joseph Losey avec Jeanne Moreau, c'est vierge de tout a priori que je suis entrée dans le cinéma.
Je ne sais pas très bien ce qui m'a séduite en premier, le charisme de Célestine incarnée avec morgue par Léa Seydoux, la lumière ou encore le raffinement et la justesse des costumes.

Il faut dire qu'elle a un sacré pouvoir de séduction, Célestine, que ce soit auprès des femmes comme des hommes, des patrons comme de ses pairs. On la remarque toujours, Célestine, elle peut s'en permettre, des choses (même refuser une place), et Léa Seydoux lui prête une colère sourde, une révolte à peine dissimulée qu'elle porte en son sein (la tension de ses doigts crispés autour de la paire de ciseaux qu'elle apporte à sa maîtresse laisse présager du pire). Car elle n'en peut plus Célestine, de ces patrons qui l'aliènent, la chosifient, qui la réduisent au néant, qui la nient (oui bien sûr mon petit la perte de votre mère est une grande peine, mais cela ne doit pas affecter l'ouvrage), et de tous ces autres qui ne voient que ses atours.

Car c'est surtout de cela dont il est question ici: d'une société où les uns commandent aux autres, où les premiers tiennent les seconds entre leurs mains. Une société où pour une femme mal née, la domesticité est une solution dont on s'accomode, faute de mieux, l'autre solution étant le lupanar. Il faut faire bonne figure, ne pas tomber dans l'embarras (d'une grossesse tout sauf heureuse), atterir dans une bonne maison, où, avec un peu de chance, on aura des maîtres compréhensifs - sauf que maîtres ils demeurent. 
Illustration d'une lutte qui existe déjà entre les classes, reflet de la vie de ces femmes, Journal d'une femme de chambre se fait également le reflet d'une société française en proie à un antisémitisme effrayant à l'heure de l'affaire Dreyfus.

Le tout accompagné de la toujours pertinente musique de Bruno Coulais, d'une photographie léchée digne des tableaux de Vermeer, et d'une mise en scène subtile mais bien présente - superbe scène de la rencontre entre Célestine et son nouveau maître, elle ne s'offrant au regard du spectateur que dans un miroir judicieusement placé.

Ajoutez à cela des costumes incroyables, dont chacun renseigne et renforce la personnalité de celui qu'il habite. La somptueuse toilette de Célestine comme son habit de bonne, les frusques de Joseph, les bottes du maître, tout fait sens et est un vrai régal pour les yeux.
Un délice que viennent renforcer les décors faussement simples, qu'il s'agisse des fleurs écloses des jardins, de l'office ou encore du lit de Joseph, où les draps rayés font vibrer le jaune curry de sa couverture, à laquelle répond un bleu ciel d'une douceur infinie.

 

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Published by leshumeursdeviolette - dans Vu
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commentaires

MissG 18/05/2015 13:19

Je vois que nous partageons le même avis sur ce film. Il est vrai que les acteurs y jouent superbement et que la mise en scène est très soignée.
Belle chronique !

My Little Discoveries 29/04/2015 22:39

Je me suis plutôt ennuyée devant ce film et la fin m'a laissée un peu perplexe... Du coup c'est intéressant de lire un avis différent! ;)

ogressedeparis 28/04/2015 10:37

Tes mots sont beaux pour décrire ce film que je me tâte à aller voir

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