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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 15:18

On n'estime jamais assez le pouvoir d'attraction des couvertures.

Je n'avais jamais entendu parler de Carmen Laforêt jusqu'à ce que, sur un vol retour vers Paris, je voie cette couverture dans les mains d'une femme non loin de moi.
Celle-ci m'a hantée suffisamment longtemps pour que j'erre de librairie en librairie, sans succès, jusqu'à finalement trouver ce roman à la bibliothèque, mais dans une autre édition - avec heureusement une très belle photo de Carmen Laforêt herself.

C'est un roman sombre, étouffant, suintant, comme cet appartement encombré de la rue Aribau où Andrea va passer une année.
La guerre s'est terminée il y a peu, la famille d'Andrea vivote en se déchirant sans cesse, contrainte à une cohabitation forcée et empreinte de violence.

Du passé d'Andrea on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle attend beaucoup de Barcelone. "J'ai fait là-dessus trop de rêves pour n'avoir pas la sensation d'un miracle." Elle tient à sa liberté, aussi; elle aime marcher, Andrea. Courir tout Barcelone à pied, des faubourgs aux quartiers chics, marcher jusqu'à l'épuisement, parfois, elle qui n'a jamais le ventre plein, marcher même si ce n'est pas convenable, car "il ne convenait pas de [se] promener, libre comme une folle, ni de sortir avec des garçons". Hommes ou femmes, tous s'accordent sur ce point: "A Barcelone, une jeune fille doit se défendre comme une forteresse."
Et c'est bien l'un des thèmes de Nada, cet enfermement physique et psychique des femmes: assignées à demeure, mariées ou au couvent, soumises souvent, battues parfois, définies par les relations qu'elles ont avec les hommes et réprimées dans les (petites) libertés qu'elles prennent... Même avec ses amis masculins du même âge qu'elle, qu'on pourrait croire (à tort) plus progressistes parce que bohèmes, Andrea est sollicitée pour préparer des sandwiches!
"Ce langage de sang, de douleur et de création que suppose la condition même de femme, il m'était facile de l'entendre."

Cette année difficile, à la fois intense et pleine d'un vide cruel, qui verra Andrea se défaire de ses illusions sur Barcelone tout en aspirant plus que jamais à vivre, est empreinte de la même noirceur que les immeubles humides du Born. C'est une année vétuste, où les gouttes de pluie sont trop fortes et trop nombreuses, la chaleur trop intense, le pain trop rare.

"En peu de jours, ma conception de la vie s'était modifiée. Compliquée et si simple à la fois. Les secrets les plus douloureux, les plus jalousement gardés sont peut-être justement des secrets de polichinelle pour ceux qui nous entourent. Tragédies stupides. Larmes inutiles. Voilà la vie, telle que je commençais à la voir."

Carmen Laforêt herself

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Published by leshumeursdeviolette - dans Lu
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