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Les humeurs de Violette

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Au bonheur des dames, l'invention du Grand magasin

Au bonheur des dames, l'invention du Grand magasin

J'ai réussi à me sevrer de la télévision (donc du Mentalist, de Grey's anatomy, des intrigues sentimentales, des enquêtes bouclées en cinquante minutes) (mais aussi d'Horatio) plus facilement que je ne l'aurais cru.

Contre toute attente, ma dose dominicale d'Experts ne me manque pas.

Cela dit, le dimanche soir était le seul moment où je m'adonnais vraiment à ce péché rituel et, après avoir écumé toute ma collection de dvd, je craignais une rechute (j'ai beau adorer Harry, Frankie et les autres, trop de Sally tue Johnny).


Heureusement il y a Arte, et son site où même avec mon vieux Mac grabataire (qui se souvient encore de l'ibook?) (pourtant à sa sortie il faisait sensation) (il y a huit ans) (ahem) je peux regarder les programmes déjà diffusés sans attendre des heures ni pester à cause d'une image saccadée ou juste invisible.

Merci Arte donc, qui m'a délectée ce soir avec l'histoire des grands magasins, à travers la trajectoire d'Aristide Boucicaut, patron visionnaire du Bon Marché.

 

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Boucicaut n'était pas uniquement un homme d'affaires talentueux, mais surtout un homme dont le flair, l'audace et la modernité étaient incomparables, en avance sur son temps dans son commerce comme sa considération du personnel (ses employés avaient droit à des congés payés!).

Ce qui nous paraît aujourd'hui naturel ne l'était absolument pas à un siècle où les femmes envoyaient leurs bonnes faire leurs courses, où elles ne pouvaient pas sortir seules hormis à l'église (incroyable mais vrai: les médecins recommandaient de ne pas trop stimuler l'esprit des femmes, autrement le sang quittait l'utérus pour le cerveau, avec les fâcheuses conséquences que l'on imagine), où les différentes classes sociales ne se mélangeaient pas, où la progression sociale était quasiment impossible (une femme issue d'un milieu modeste avait le choix entre une carrière domestique ou sulfureuse), où les magasins étaient spécialisés dans un type de produits, où le client roi n'existait pas, pas plus que la consommation effrénée...

Dans un Paris et une société en pleine mutation (travaux haussmanniens, révolution industrielle, émergence d'une nouvelle classe: la bourgeoisie), Boucicaut avait compris que l'avenir était lié à la vitesse et à la circulation, et va implanter un nouveau mode de consommation toujours d'actualité.

 

Outre la révolution commerciale qu'accomplit cet homme, c'est également l'évolution de la condition des femmes que dépeint ce documentaire, et comment le grand magasin va leur permettre de s'émanciper.

Les bourgeoises y trouveront un moyen de sortir sans mari ni chaperon, de gérer leur argent et de gagner ainsi pouvoir et respectabilité; les femmes issues de milieu modestes y trouveront le moyen inédit de gravir les échelons sociaux en devenant vendeuses plutôt que bonnes ou putains (nouveau métier apparu pour rassurer les clientes, ayant affaire jusque là à des vendeurs exclusivement masculins ce qui en émoustillait peut-être certaines, mais en perturbaient d'autres).

Un grand magasin anglais soutint même les suffragettes dans leurs revendications!

Si le grand magasin a favorisé l'émancipation des femmes, il les a en même temps fait régresser. Le développement de la confection par exemple (et donc de la standarisation des tailles) modifia ainsi la perception de leur corps et encouragea les diktats de l'apparence (et la dictature de la balance).

 

Mais ce documentaire captivant évoque aussi la naissance de la mode, le système des saisons, les révolutions des modes de travail, la perception aiguëe de Zola de ce monde en changement...

 

Le tout mêlant interviews d'historiens, reconstitution pour une fois réussie et contribuant à une meilleure compréhension, images d'archive, publicités et tableaux de l'époque élégamment choisis et animés, et forcément des extraits du Bonheur des dames (qui fera très probablement l'objet de ma prochaine descente en librairie) (bien que ma table de chevet affiche déjà complet) (je n'ai peur de rien).


Jamais rébarbatif mais vraiment passionnant.