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Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

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Beautiful people

Beautiful people

drake1.jpgEt voilà, c'est terminé.

J'ai eu beau lire (presque) toutes les notes et les remerciements, il a fallu le refermer. 

Puis me résoudre à le ranger dans ma bibliothèque, après dix jours intenses.


Dix jours avec Yves St Laurent, Pierre Bergé, Loulou de la Falaise, Betty Catroux, Karl Lagerfeld, Jacques de Bascher, Kenzo, et j'en passe...

Dix jours pour une trentaine d'années que je n'ai pas vécues.

Dix jours à passer de l'admiration à la fascination, avec parfois un détour par la déception.

 

Si l'histoire de la mode a toujours su me captiver, je ne me suis pas toujours intéressée de près aux histoires personnelles de ses acteurs - à part Chanel évidemment, mais c'est l'exception qui confirme la règle.

Longtemps, Karl Lagerfeld était pour moi synonyme de travail acharné, de foultitude de collections par saison, de piles de livres, de débit accéléré, de coca-light, de régime, de catogan, mitaines et slim noir... Et si j'étais habituée à l'omniprésence de son image, je ne savais pas grand chose de lui, excepté qu'il avait remporté le prix du meilleur manteau au concours du Secrétariat International de la Laine en 1954, comme Yves St Laurent.

Qui, pour sa part, était pour moi évocateur de smoking, transparences, trench et caban, saharienne, alliance de couleurs inattendues... Je savais ce que, nous les femmes, lui devions, je connaissais son univers, ses influences, son histoire en tant que couturier, mais pas vraiment son histoire à lui (enfin, plutôt leur histoire, la destinée de Pierre Bergé étant indissociable de la sienne). La rétrospective organisée cette année au Petit Palais m'avait mise sur la voie, certes, mais c'est grâce à Alicia Drake que j'en ai le plus appris finalement. 

 

Sur leurs caractères, leurs histoires personnelles, leurs modes de vie, leurs relations avec les autres, leurs évolutions respectives dans le métier, leur manière même de l'aborder, leur rivalité qui finalement n'en est pas vraiment une car ils ne jouent pas sur le même terrain (quand l'un crée un style propre, reconnaissable entre tous, tendant vers l'art plutôt que vers le commerce, l'autre est un vrai caméléon, dessinant pour une multitude de marques différentes, anticipant clairement l'avenir de l'industrie de la mode).

 

Mais également sur une époque où Zara et H&M n'existaient pas. Où l'on parlait encore de vêtements et non de produits. Où la mode commençait à peine à s'industrialiser, à se mondialiser. Où les nuits parisiennes étaient folles, avant d'être dévastées par le sida. Et j'en passe bien évidemment, car Alicia Drake est évidemment bien meilleure que moi sur ce sujet.

 

J'imagine alors le travail de titan qui a dû précéder la rédaction de cet ouvrage. Les interviews, les recherches, la synthèse... qui ont abouti à cet ouvrage véritablement riche, intelligent et fin, dont je recommande vivement la lecture.

Sans jamais être redondante ni ennuyeuse, Alicia Drake nous aide à décrypter Yves et Karl en tant qu'êtres humains, à mieux saisir les évolutions de la mode et de ses fonctionnements, à percevoir les climats de ces époques révolues (le règne de la Haute couture comme les folles années de fêtes parisiennes, auxquelles succèdent les ravages du sida).

Et si l'on ne s'attache pas forcément aux protagonistes (car finalement ni l'un ni l'autre ne sont follement sympathiques, enfin cela n'engage que moi, qui étais la première surprise car St Laurent partait avec au moins vingt points d'avance sur Lagerfeld pour finalement se retrouver à égalité), l'addiction est tellement forte qu'on ne peut lâcher ce livre avant de l'avoir terminé.

 

Et rangé dans sa bibliothèque, comme moi ce soir.

 

Qui suis un peu désemparée maintenant, par ce vide à combler.