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Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

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De la nécessité de se lièvrer

De la nécessité de se lièvrer

9782070437788FS.gifJe l'avais acheté parce qu'il était sorti en poche.

Avant, il ne me disait rien. On en parlait trop peut-être, alors j'avais bouché mes oreilles. Je ne suis même pas sûre d'avoir alors bien compris de qui il s'agissait, et de quoi.

(souvent mon ignorance m'effraie)

Et ce soir, je suis heureuse d'avoir changé d'avis.

 

Je me suis lièvrée* avec bonheur ces deux dernières semaines.

Et, une demi-heure après avoir tourné la dernière page, je suis triste d'avoir à le quitter pour le ranger dans ma bibliothèque.

Encore retournée par cette lecture exceptionnelle.

(et oui, c'est Noël, je ne parviens pas à me défaire de ce lyrisme de saison)

(ma principale résolution pour l'année prochaine étant de jeter ma méchanceté aux orties)

(mais ce que ça va m'être difficile....)

(la vie sera moins drôle)

 

Je vais être honnête: à part Shoah je ne savais rien de Claude Lanzmann.

(maintenant mon ignorance me paralyse)

Et pour couronner le tout, je n'ai jamais vu Shoah dans son intégralité (ce à quoi je compte remédier très prochainement, il faut que je le voie).

C'est donc sans aucun a priori, vierge de toute attente, que j'ai commencé ma lecture.

 

J'ai rapidement compris l'importance de ce livre, sans toutefois prendre la mesure de l'impact qu'il aurait.

 

Claude Lanzmann ne se contente pas de retracer son destin hors du commun, ses engagements (la résistance, la lutte contre le colonialisme, l'état d'Israël, Shoah bien évidemment...), ses amitiés avec des personnalités exceptionnelles (Simone de Beauvoir, Sartre, Deleuze... la liste est longue), sa manière d'appréhender la vie, une traversée des époques historique et intellectuelle.

Sa plume est fine, et rarement j'ai été autant subjuguée par la langue française. Son vocabulaire est toujours juste, ses idées formulées avec une extrême précision, sans que jamais son propos ne devienne ampoulé ou abscons. Et sa lucidité lui permet de ne jamais tomber dans la sensiblerie et les raccourcis faciles.

Alors bien sûr, parfois certains termes philosophiques m'ont laissée au bord de la route (je n'ai pas fait hypokhâgne, comme lui), et parfois certaines considérations m'ont quelque peu irritée, me paraissant légèrement condescendantes - mais je ne parviens pas à déterminer si cette irritation est objective ou influencée par des avis extérieurs (merci papa).

 

Mais ce livre est vital, stimulant, un appel à la vie.

D'une rare intelligence.

 

Et par les temps qui courent, on aurait bien tort de s'en priver.

 

 

* je dois ce charmant néologisme à ma mère, qui l'a inventé alors que je lui faisais part de mon enthousiasme pour ce livre.