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Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

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Ken existe, j'ai pris l'avion avec lui

Ken existe, j'ai pris l'avion avec lui

Après avoir décliné une proposition de mariage berbère,

(que je regrette amèrement aujourd'hui)

(non mais c'est vrai il fait un froid de loup dans ce gris pays)

(un climat doux vaut-il un mari laid? that is the question...)

 

j'ai pris l'avion pour rentrer, parce que bon fuir, c'est bien, mais devenir une adulte raisonnable, c'est mieux.

(on y croit)

(en vérité il me faut surtout travailler pour me refaire)

(arrêter de vivre au dessus de mes moyens, défi de ma vingt-huitième année)

(...)

(j'ai comme le sac qui me démange là maintenant tout de suite)

(même si je sais que fuir n'est pas la solution)

(c'est Bob qui l'a dit dans Priscilla folle du désert)

(ah ben oui, j'allais pas non plus regarder un film d'auteur en rentrant non plus)

(tout ça pour dire que j'aurais dû me faufiler dans ces caisses d'Air Jamaïque aperçues sur le tarmac de Casablanca)

(soupir)

 

L'adulte raisonnable toute neuve que j'étais s'est donc frayée un chemin dans l'allée centrale - chemin non sans rebondissements -,

(Papi met cent ans pour ranger son sac)

(Mamie enlève ses chaussures et détend ses orteils dans l'allée)

(alors qu'on attend tous)

(là c'est plutôt la kalachnikov qui me démangeait, allez savoir pourquoi)

(tous les bénéfices d'une semaine de vacances envolés en quelques minutes)

 

jusqu'à (enfin) parvenir à ma place, et découvrir qui m'y attendait:

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Les cheveux gominés soigneusement ramenés vers l'arrière, une odeur flottante d'eau de cologne (chère mais ratée), un bronzage soigneusement entretenu, yeux clairs lui confèrant une assurance dédaigneuse de beau gosse (en dépit de traits un peu épais, NDLR), la cuisse grasse, la chemise en popeline rayée (tissu italien), soigneusement rentrée dans le jean et dont le col dépasse du pull-over en V (apanage par excellence des Ken modernes), chaussures pointues de rigueur...Un vrai Ken au rabais.

 

Inutile de préciser qu'il a un peu paniqué en me voyant arriver avec ma veste sableuse et mes cheveux limite dread-lockés.

C'est le moment que j'ai choisi (bien malgré moi) pour m'asseoir sur son coussin d'appoint qui a commencé à vibrer au contact de mes fesses sableuses aussi... cela ne m'a pas fait vraiment rire; lui si.

Un gouffre nous séparait donc, ce qui ne s'est pas arrangé lorsque je découvrai à sa main gauche une espèce de grosse pierre bleue au petit doigt (!), assortie d'une Rolex... Autant de signes ostentatoires qui me plongèrent à la fois dans l'effroi, la consternation et la stupeur.

Un fou rire me gagna, et j'eus comme une soudaine envie de partager ma découverte avec la terre entière.

(mais par charité chrétienne je n'en ai rien fait)

(pourtant, une photo de Ken dormant sous son masque avec sa Rolex

(NDLR: quand on exhibe sa Rolex, que fait-on en seconde classe, franchement?)

(voilà qui renforce la théorie du Ken au rabais)

 

J'avais pourtant fait voeu dans le désert de devenir une bonne personne.

(on y croit)

(en plus de devenir une adulte raisonnable)

(je n'ai peur de rien)

 

Moins de vingt-quatre heures plus tard, le charme était rompu.

Doublement rompu lorsque je réalisai que Ken attendait ses bagages, lunettes de soleil sur le nez et veste en tweed sur l'épaule alors que la neige avait apporté une grise lumière sur Orly.