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Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

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La conquête

La conquête

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On a souvent dit que les français étaient en retard sur la fiction politique, contrairement aux anglais ou aux américains qui n'hésitent pas à mettre en scène leurs héros politiques contemporains (Tony Blair, pour ne pas le citer), ou bien à imaginer des situations troublement proches de la réalité.

On a souvent dit que dans notre chère patrie on évoquait les hommes politiques après leur mort (De Gaulle, Mendès-France, Blum ou encore Mitterand).

Qu'on ne se risquait pas à dépeindre les destins de nos contemporains.

Alors pour une fois qu'un film retraçait la conquête à l'Elysée du président français, il fallait bien que je satisfasse ma curiosité!

 

Déjà, comme j'en avais eu l'aperçu avec la bande-annonce (même si je sais bien qu'il faut s'en méfier, j'ai du mal à m'en défaire), le casting est aux petits oignons: Podalydès (forcément) parfait dans un rôle pourtant casse-gueule, Florence Pernel enfin débarassée de son image de juge tf1esque (et oui, c'est dimanche soir) (et le dimanche soir on a le droit d'inventer n'importe quel adjectif), Hyppolite Girardot, Bernard Lecoq, etc etc... Pas un mot à redire, tout ce petit monde maîtrise tellement bien sa partition que c'en est troublant; et même pas irritant finalement puisque l'on se laisse porter par le côté romanesque de l'histoire.

 

Les dialogues sont très bien écrits, on rit souvent. Un petit bémol tout de même sur certaines répliques un peu trop artificielles à mon goût, notamment le: "Je ne pars pas sur un coup de tête, je pars sur un coup de coeur" de Florence-Cécilia (non mais franchement???).

La vulgarité des hommes politiques, comme la violence de leurs propos, est un peu surprenante pour le néophyte qui, comme moi, ne connaît rien aux us et coutumes politiques, et s'imagine gentiment que ces messieurs (car il faut être honnête mesdames, c'est tout de même plutôt machiste comme milieu...) expriment leurs pensées en des termes fleuris et recherchés, de par leurs loooongues études et leur statut d'élites de la France (à part Sarkozy, soit dit en passant). La palme revenant à Bernard-Chirac avec son: "Sarkoy sera mon dernier scalp".

 

Certaines scènes prennent un autre sens aujourd'hui, deux semaines après l'affaire DSK: répliques sur la frilosité de la presse française à publier certaines informations*, petits gestes trop appuyés envers les femmes... Détails qui seraient certainement passés au travers des mailles avant, mais qui ne laissent pas indifférent désormais.

 

 

Mais deux choses m'auront surtout marquée.

 

La première, c'est Florence Pernel qui a réussi à faire de Cécilia un être humain, avec des sentiments. Moi à qui cette femme donnait des frissons dans le dos, tant elle me semblait glaciale et hautaine, j'ai réussi à éprouver de l'empathie pour elle. N'allons pas jusqu'à la sympathie tout de même, mais j'ai été émue par ce personnage, touchée par sa détermination.

(en plus, on a toutes les deux pleuré le soir de l'élection, alors!)

(ne nous emballons pas non plus, j'ai écrit empathie, pas sympathie!)

 

La deuxième, c'est que la politique est une addiction, au même titre que le jeu ou tout comportement excessif. Finalement, j'ai l'impression que la fin importe plus que les moyens, que tous les moyens sont bons justement pour ariver au pouvoir. Et qu'après tout, peu importe le fond. La conquête de l'Elysée est dépeinte par le film comme une succession d'entretiens, de déjeuners feutrés dans des palais ministériels aux boiseries dorées, de stratégies qu'on croirait publicitaires, un véritable parcours intensif bien éloigné de la réalité... A un seul moment du film est évoqué un projet politique concret (le CPE de Villepin), la scène dure quelques minutes seulement. C'est un parti pri, sans aucun doute, puisqu'à mon humble l'avis l'ambition du film n'est pas de faire de la politique et dure.

Il n'empêche que je suis ressortie avec la désagréable impression que nos chères élites passent au final peu de temps sur les vrais problèmes (et ce à mon avis, pas qu'à l'UMP de Sarkozy), et qu'ils réfléchissent davantage à leurs stratégies presque meurtrières qu'à l'essentiel, la politique à l'état pur.

 

 

J'espère me tromper, mais ce constat a au moins l'avantage (après je l'avoue, un petit passage à vide "tous pourris" limite abstentionniste) (ce qui n'a jamais été ma philosophie jusqu'à ce jour) de raviver ma petite flamme citoyenne.

 

 

* je conseille à ce sujet l'article paru dans le Télérama de cette semaine: "L'affaire DSK ferait-elle évoluer les médias?"

(c'était ma minute Sciences-Po, désolée)