Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

Menu
Le manteau de Greta Garbo

Le manteau de Greta Garbo

le-manteau-de-greta-garbo-M163653.jpg

 

Longtemps Nelly Kaprièlian ne fut pour moi qu'une voix du dimanche soir, quand j'écoutais encore Le Masque et la Plume, une voix familière avec laquelle je m'entendais souvent.

Ni roman ni essai, autobiographie mais pas totalement, s'éloignant de la star pour mieux y revenir, Le manteau de Greta Garbo est un écrit qui m'a interpellée, interrogée, remuée et dont certains passages continuent à résonner en moi.

Bien au-delà de la garde-robe d'une star mythique, au-delà de réflexions sur le vêtement, le texte, d'une folle contemporanéité, prend parfois une tournure presque sociologique, avant de bifurquer vers la fantasmagorie au paragraphe suivant, puis de reprendre le fil parallèle de son itinéraire féminin.

Alors oui, ces va-et-vients entre fiction, récit, analyse, autobiographie sont déroutants au début. Au début seulement, car le texte de Nelly Kaprièlian est fort, juste, sans fards, d'une honnêteté déconcertante, qu'elle décortique la mécanique des studios hollywoodiens comme celle de nos propres coeurs.
Je me suis plus d'une fois reconnue dans ses mots, qu'il s'agisse de mode, d'hommes, de désir, de garde-robe ou encore de notre condition humaine.

 

"Qu'avions-nous vécu? N'aurions-nous été que des fantômes à la recherche éperdue de nous-mêmes dans un petit théâtre d'ombres que nous avions pris pour la vie? Nous allions vieillir et nous effondrer de tristesse. Nous regarderions par-desus notre épaule et il n'y aurait rien. Rien d'autre que des soupçons d'amour, des gestes inachevés, des hypothèses d'existences, rien d'aussi tangible que ces robes pendeues comme des corps misérables dans nos armoires trop pleines."

"Quand l'élégance peut être un leurre, de la poudre jetée aux yeux de l'autre pour mieux le duper, le style prolonge le goût, permet d'exister contre toutes les déconvenues que l'existance nous oppose tôt ou tard."

"Chaque saison, [la mode] nous fournissait des coffres entiers d'illusions: ces petits objets magiques qui avaient le pouvoir de réenchanter le monde en restaurant notre confiance en nous. [...] Chaque robe contenait une multitude de narrations possibles [...] Et chaque vêtement réinjectait un peu de beauté dans nos vies quotidiennes, nous permettant de recomposer une scène où nous épanouir, un lieu imaginaire où jouer. [...] J'aimais la possibilité que nous offrent les collections de nous réinventer tel un phénix au rythme des saisons, de nous projeter à travers de nouvelles enveloppes dans de nouvelles fictions, de renaître, en somme perpétuellement."

 

Qu'on ne me dise jamais plus que nos vêtements ne signifient rien.