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Les humeurs de Violette

Les humeurs de Violette

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Le problème avec les films d'espionnage,

Le problème avec les films d'espionnage,

c'est qu'ils font naître en nous une paranoïa surannée.

 

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Mardi, 19h, ligne 4.

 

Une jeune femme blonde s'assied à ma droite.

Un premier coup d'oeil par-dessus son épaule m'alerte:

(oui je sais, c'est mal mais je ne peux pas m'en empêcher)

(le pire c'est que lorsque cela m'arrive, je me tourne vers le malotru sans-gêne, le regard courroucé et le soupir au bord des lèvres)

(mais la morale chrétienne a beau exiger que l'on ne fasse pas à autrui ce que l'on n'aimerait pas subir, je ne peux pas m'en empêcher)

(de toutes façons, j'irai en enfer... alors en attendant, pourquoi se priver?)

sa dernière requête Google est "Gare de l'est Paris Moscou".

 

J'ai du mal à déglutir.

 

Le second coup d'oeil (qui s'imposait étant donné les circonstances) m'achève: elle écrit en cyrillique.

 

Je ne peux plus déglutir du tout.

 

Elle est du KGB, j'en suis sûre.

(comment ça, le KGB n'existe plus?)

(fadaises!)

(comme les morts mystérieuses de tant de Kennedy, de Marilyn Monroe, comme la disparition de la soeur de Mulder)

(et la découverte de la pomme de terre par Parmentier)


Pourquoi me file-t-elle, je ne le sais pas encore.

Mais quelque chose me dit que je ne vais pas tarder à le savoir...

 

Car cet homme là-bas, a un comportement des plus douteux: il me paraît beaucoup trop absorbé dans sa lecture pour être honnête. C'est bien simple il ne lève jamais la tête! Il doit avoir des mini-jumelles cachées dans sa chevelure, reliées à un écran dissimulé dans son journal. C'est pour ça qu'il lit toujours la même page depuis six stations!

 

Et ce blond à l'autre bout du wagon! En plus d'une musculature particulièrement développée, son visage a une curieuse ressemblance avec Shark.

 

J'ai maintenant des difficultés à respirer, et je suis coincée dans ce fichu carré! Côté fenêtre en plus, ce qui accentue ma claustrophobie naissante.

Pourquoi, ô pourquoi me suis-je assis à cette place d'où je peux difficilement m'extirper?

(alors que je ne m'assieds jamais dans les carrés d'habitude, question de principe et de survie)

(sûrement une sordide histoire de phéromones)

(cf l'expérience de la salle d'attente: dans 99,9% des cas les femmes s'assoient sur ou juste à côté du siège où un homme s'était auparavant assis, libérant alors des phéromones qui attireront une heure plus tard les pauvres animaux que nous sommes)

(notre libre-arbitre n'est donc qu'illusion: tous nos comportements sont dictés par des réactions biologiques)

(votre petit ami si spirituel, si intelligent, si tout? revenez à la réalité: si vous partagez le même lit, c'est parce que chacun a trouvé le partenaire idéal et complémentaire pour perpétuer l'espèce)

(idem pour Roméo & Juliette, et tous les autres)

(non seulement cette loi biologique me déprime, mais je serai prête à poursuivre en justice celui qui m'a attirée dans ce satané carré!)

 

En proie à toutes ces angoisses biologicoppressantes, je remarque à peine que la jeune femme a quitté ma rame.

Les deux malabars aussi ont disparu.

 

Je reprends à peine des couleurs, lorsqu'un jeune couple russe vient s'asseoir en face de moi...

 

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