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Les humeurs de Violette

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Le temps du catalogue d'été

Le temps du catalogue d'été

C'est au moment où l'hiver nous gonfle,

(enfin normalement; cette année c'est un peu différent, avec ce faux hiver)

(qui gonfle presque encore plus, cela dit, puisqu'on l'accuse déjà de notre futur été pourri)

(cela dit il fait quand même moche et gris donc bon)

où les soldes ne nous tentent même pas,

(marre des bonnets et des manteaux)

(en plus cette année on ne peut même pas les mettre)

(et même si on avait envie, il ne reste que du 32 et du 56 donc bon)

où le temps ne passe pas,

(sauf le week-end où il passe deux fois plus vite, cette faille spatio-temporelle est bien connue)

(mais commencer sa semaine en attendant le vendredi c'est quand même juste naze...)

(Paul Smith, engagez-moi! Changez ma vie!)

qu'est livré le catalogue d'été.

 

20090610021429_large.jpg

 

J'ai développé cette étrange maladie petite, à cause je crois d'une frustration modesque.

C'est sûr que le catalogue CAMIF de la maison n'était pas franchement calé question tendances...

C'est ainsi que je développai une fâcheuse tendance à aduler toutes les heureuses propriétaires du catalogue *BIP*, et que j'ai commencé à les lire pendant des heures (et à le relire aussi)... avant de passer à la seule chose sérieuse: la liste.

Page, codification, référence, prix, taille, rien n'y manquait - et surtout pas le total mirobolant, bien évidemment.

Au fil des ans, cette listophasie (maladie obsessionnelle de la liste) a évolué: à l'écriture enfantine a succédé l'encre turquoise et les ronds à la place des points sur les i, aux fiches bristol (mais si vous savez, ces si jolies fiches qu'on préparait assidûment pour le bac) ont succédé des feuilles arrachées d'origine diverse.

Aujourd'hui ça va (un peu) mieux, je ne fais plus de liste (c'est une feinte pour ne pas visualiser le total), et j'ai (un peu) désacralisé le catalogue: je corne les pages et je fais des croix dans la marge (voire même des points d'interrogation, les jours de fête) (non parce que bon il ne faut pas consommer bêtement non plus) (d'où l'intérêt de se poser les bonnes questions) (ai-je vraiment besoin de ce jean turquoise, sachant que j'en ai déjà quatre de la même coupe, et un autre de la même couleur mais de coupe différente?) (devinez quelle est la bonne réponse).

A part ça le rituel est demeuré le même: hystérie lors de la découverte du tentateur dans ma boîte aux lettres, feuilletage compulsif dès le premier soir (quelle que soit l'heure), relecture le lendemain, nouvelle lecture et ébauche de la première liste (ou plutôt premières pages cornées maintenant que je suis une adulte qui a compris que la désacralisation des objets était importante, voire nécessaire), puis finalisation de la liste. Et ensuite, relecture de temps en temps pour se réchauffer le coeur, en attendant les inévitables réductions.

J'aime en hiver me projeter en été (et inversement).

Imaginer cette jupe (que je n'achèterai vraisemblablement pas) sur mes jolies jambes bronzées (qui ne sont les miennes que dans mes rêves), entendre mon pas chanter sur le pavé, car j'ai au pied de jolis souliers (taille 38 en coloris cumin, modèle A page 580, 59€).

Je dévale les rues, on m'attend, je souris, il fait beau, je n'ai plus froid.

La vie est tellement plus douce dans cette projection-là.

 

Je suis sans doute folle à lier, le pire étant peut-être que je ne m'en lasse pas.

Et comme le catalogue d'hiver me fait le même effet, vous en aurez à nouveau la preuve dans six mois...