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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 11:53

A toi la morue, toi la raclure, toi la rognure, oui, lettre ouverte à toi l'enflure qui a eu l'audace, qui n'a pas hésité, qui a osé voler mon parapluie chez le coiffeur.

Oh je la sentais, celle-là!
Quand je suis entrée et que j'ai vu ton parapluie à toi, proprement plié, sagement posé dans un coin, quand j'ai vu que ton parapluie à toi était le frère du mien je me suis dit que ça sentait le roussi. J'ai eu beau, pour qu'aucune confusion ne soit possible, laisser le mien avachi, foutraque, frère brouillon du tien si lissé, si poli, rien n'y a fait!

Quand je t'ai vu sortir du salon avec MON parapluie, parapluie dont je me félicitais encore deux minutes auparavant, passant sous les trombes divines telle une reine (une reine testant les joies de l'aquaplaning dans les chaussures, certes, mais une reine tout de même), mon sang n'a fait qu'un tour.

Je le savais je le savais je le savais.
Mais je ne pouvais pas te poursuivre dans la rue, t'invectiver, te maudire toi et tes descendants jusqu'à la septième génération...
Je n'ai pu que prier pour que ton brushing soit ruiné par l'humidité ambiante. Que ta couleur file dans le caniveau. Que tes pieds glissent malencontreusement sur les pavés huilés de pluie.
Tu as peut-être cru que mon parapluie ferait de toi une reine, mais tout le monde ne peut pas être reine, et un simple attribut, aussi efficace soit-il, ne fait pas le pouvoir.

Alors pour conclure, chère inconnue, ne te fais aucune illusion. Tu m'as peut-être laissé un parapluie puant, cassé, corné, égratigné, mais la reine, c'est toujours moi.
Et regarde bien derrière toi, car si je recroise ta face brushée, lissée, méchée, je t'empaille.

 

Bad Ideas
 

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 07:28

Il existe des lectures de situation, qui fleurissent souvent grâce à un voyage réussi. Une envie soudaine de Pessoa après un week-end lisboète, de récits de triades pendant un déplacement à Hong-Kong, un désir de découvrir la vie d'une cévenole durant un séjour dans la maison familiale.

C'est ma mère qui m'a mis ce récit dans les mains, ces mémoires d'Augustine rapportées par une fille avide de connaître la vie de sa mère.
De sa naissance dans un village de la Vallée Française au soir de sa vie, des "blanchettes " de sa jeunesse aux pommes d'une Normandie à laquelle elle devra se faire, la vie d'Augustine éclaire un pan de l'histoire de ce merveilleux pays, les Cévennes, mais aussi de notre France. L'école au 19ème, le travail à la filature, les fêtes de village, les veillées familiales, les us et les coutumes, cette foi protestante qu'elle a si forte, héritée de nos ancêtres les camisards, les ravages de la Première Guerre Mondiale, le chaos de la Seconde, le cauchemar de l'Occupation, mais aussi les amertumes et joies de la vie quotidienne...

La vie d'Augustine fut aussi riche que difficile, et ce récit est intéressant d'un point de vue historique et sociologique comme humain; un portrait d'un sacré bout de femme aussi humble qu'inspirant.

Et quelques jours plus tard je me surprends à penser à elle, à relativiser les soi-disant difficultés de ma vie au travers de cette lecture.

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9 septembre 2015 3 09 /09 /septembre /2015 12:31

SJP’s Shoe Collection Will Make You Miss Sex and the City via Brit + Co.:

 

Celles qui nous aident à affronter le gris et ces sales journées, celles qui nous réconcilient avec nos placards blasés.

Les miennes sont rouges cette année (car oui, à chaque année son cru). Rouges, avec un talon haut juste comme il faut, un talon pailleté, et une bride à la cheville.

J'ai couru dans tout Paris pour les trouver: trépigner dans le métro, espérer arriver avant que le magasin soit fermé, y entrer échevelée, chercher du regard le modèle tant convoité (car repéré avant les congés), ne pas le trouver, "oh non c'est pas vrai...", se précipiter sur une vendeuse, lui décrire l'objet tant convoité, ne pas entendre sa réponse lorsqu'elle me dit que non, ils n'ont pas ce modèle, désolée, "mais vous pouvez aller voir à Châtelet", repartir d'un pas pressé, maudire les feux rouges et les piétons trop lents, prier pour que l'autre boutique ait en stock mes précieux souliers, pour qu'il reste ma pointure, entrer échevelée, chercher du regard les précieux souliers, (repérés avant les congés), ne pas les trouver, "oh non c'est pas vrai", oh si, les voilà, mais en noir, moi j'en voulais des rouges, se mordre la lèvre, avoir envie de pleurer, "je savais bien qu'elle était pourrie, cette satanée journée", oh mais non les voilà en rouge, oh elles sont plus foncées que dans mon souvenir, auront-ils ma pointure, cela sera-t-il joli sur mon pied? les essayer fiévreusement, affronter le miroir, exprimer mon soulagement à une vendeuse fatiguée qui attendait l'heure de s'en aller, tout en admirant mes pieds nouvellement chaussés, à la caisse finir par payer.

Ouf! Voilà ce que j'ai enduré pour avoir mes chaussures de rentrée!
 

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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 09:56

Minimalist movie poster - Rocky

 

C'est la fin de l'été, tout le monde le dit, le serine.
Pas de colchiques dans les prés, ou plutôt pas de prés en ville, mais plus aucune envie de porter ses robes blanches et fleuries, et un programme roboratif au menu des magazines: résolutions de rentrée, comment vaincre le blues de rentrée, prolonger son bronzage à la rentrée, conserver les bienfaits des vacances après la rentrée...
Autant d'injonctions qui, conjuguées aux feuilles mortes qui jonchent nos trottoirs*, me collent le bourdon.

Un besoin pressant d'endorphines pour mater le bourdon, donc.
Pour cela, pas envie de m'asperger de monoï comme le font certaines filles dans le métro. Non, moi, j'ai opté pour une solution à 5,99€: la corde à sauter.
Pas si facile que ça en a l'air en fait, la corde à sauter. Entre le rythme à maintenir, la chaleur corporelle qui monte plus rapidement que dans le désert des Mojaves et les pieds qui se prennent dans cette satanée corde (riez, riez autant que vous voudrez, mais que celui qui n'a pas essayé se taise à tout jamais), la promesse des endorphines se rapproche - comme celle des courbatures du lendemain.

Forte de cette première expérience, les endorphines appelant les endorphines, je décide de sauter chaque jour, puis j'envisage (effrayant) de m'y mettre dès potron-minet. Si je saute le matin, lis-je, le bénéfice endorphinesque sera double. Qu'à cela ne tienne! Cela fait déjà une petite semaine que je me presse un citron chaque matin, un réveil à 6h45 sera parfaitement compatible avec ma nouvelle vie de californienne healthy.

Le grand matin arrive, donc.
Le réveil sonne, 6h45, je ne me rendors même pas (les californiennes healthy ne se rendorment jamais), j'enfile mes baskets et le reste (les californiennes healthy ne sautent pas en chemise de nuit du 19ème), et c'est parti!
Bon, mes pieds rippent un peu. Il faut dire que je saute avant le jus de citron, mes sens ne sont pas encore totalement éveillés, et puis j'ai laissé les volets fermés parce que bon, sauter à 6h45 chez soi, ok, mais devant témoin, ben en fait NON (les californiennes healthy sont mystérieuses).
Mais je tiens bon, je pense au jus de citron, la journée va bien se passer.
Je tiens bon, je tiens bon, pfff ça fait du bruit quand même, il est tôt, j'espère que...
 
*TING*
 
J'ai un message.
 
A 6h55?
 
Encore deux tours.
 
Bon ok je regarde.
 
C'est ma voisine.
 
 
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Option 1: mentir.
Option 2: dire la vérité.

 ...............
 
J'ai choisi la vérité.
 
 ...............
 
Voilà, ma voisine me prend pour une folle, j'ai dû faire mon Rocky-out.
Pour me remettre de toutes ces émotions, je me suis fait un petit jus de citron.
 
 

* cela dit, cet été il y a eu des feuilles mortes au sol depuis Juillet, à cause des stomates (aka les pores des feuilles) qui se sont bouchées suite aux trop fortes chaleurs du début de l'été pour survivre - merci France Inter, et pardon Messieurs-dames les scientifiques si j'ai tout compris (et expliqué) de travers.

 

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 16:50

il y a personne

 

Août à Paris, c'est super, qu'ils disaient.

Que les choses soient claires: tous ceux qui prononcent cette phrase n'ont jamais passé un seul mois d'Août entier à Paris de toute leur vie.

Au mieux, ils désertent la capitale à la fin de la première semaine d'Août (pour mieux justifier leurs propos, mon enfant), au pire ils l'ont désertée à la mi-Juillet et reviendront exhiber leur odieux bronzage à la fin de l'été (et envahir nos terrasses !). A la base de cette débauche de congés, un obscur cumul de RTT et CP (ou un emploi dans l’Education nationale) leur permettant de partir cinq semaines d'affilée, parce que cette année on fait simple, juste deux semaines en Corse et un road-trip au Portugal (ah non pardon j’avais oublié, tout Paris est parti en Grèce cette année), et puis tu sais on peut bosser de n’importe où tant qu’on a du wifi (mes amis les freelances), on passera la dernière semaine dans notre maison dans le Luberon.

Point commun entre tous ces arracheurs de dents: un délit fort culotté d'hypocrisie flagrante, oui madame - ou bien s'agit-il d'une crasse ignorance?
"Non mais attends, moi j'adÔrerais être à ta place, Paris en Août c'est génial, tu as la ville pour toi, les terrasses, tout, non mais c'est super, tu ne te rends pas compte."


Super, oui, d’errer dans des rues désertes (coucou le dimanche 16 Août) pour trouver la seule boulangerie ouverte, et y faire la queue pendant une demi-heure parce que c'est précisément la seule ouverte dans tout l’arrondissement (moi, exagérer? jamais!).
Super, oui, de se casser le nez sur toutes ces portes fermées, tous ces supers restos, ces terrasses.
Super, évidemment, de se retrouver coincée entre trois millions de touristes parce qu'on a eu le malheur de vouloir traverser les Tuileries un jour de beau temps.

 

Non, les arracheurs de dents n’ont rien compris.

Le seul truc cool à Paris en Août, c'est qu'il n'y a personne dans le métro.
Genre, personne.
Genre, on peut choisir sa place – genre, vraiment (on aussi le droit de dire « genre » autant de fois qu’on le souhaite).
On peut choisir son wagon, son carré, sa place dans le carré et on peut même en tester plusieurs pendant son trajet.
Trop la classe.

L'autre truc cool, c'est l'alcool de pouvoir profiter de ce vide intersidéral pour rattraper tous les potins du siècle. Tous vos amis postent des photos de plage et de spots merveilleux sur Instagram? (hashtag « roadtripauportugal », « love », « lavraievie »).

Heureusement pour moi (pour vous? pour nous?), Taylor s’est maquée avec Calvin, pendant que Ben, dans un grand moment d'originalité, aurait trompé Jennifer avec la baby-sitter, alors que Megan et Brian se séparaient aussi (pleurs enregistrés); heureusement pour nos petits cœurs sensibles l'autre Jennifer s'est (enfin!) mariée avec Justin (mais sur le sort de quelle femme va donc pouvoir dorénavant pleurer la presse tabloid us?), l'amour triomphe, c'est beau l'été.

Une autre manière de doper sa culture générale, à défaut de briller en société cela nous permettra de salir un peu notre image élitiste de "fille qui n'aime que des films polonais en noir et blanc ».

 

La jalousie est un bien vilain défaut; heureusement, Août à Paris, c'est presque fini !

 

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 18:05

 

Je n'avais jamais entendu parler de Nadia Comaneci.

Pour moi, la gymnastique se résumait à un dessin animé japonais de mon enfance peuplé de sylphides aux longs rubans et à la torture des cours de gym du mercredi matin au collège.

Au bout des trois premières pages de La petite communiste qui ne souriait jamais, je me suis jetée sur internet.
Recherche: Nadia, Montreal, 1976.
Au sol, à la poutre, aux barres asymétriques, je regarde tout.
Je regarde tout à nouveau.
Les barres asymétriques surtout me fascinent. La rapidité à laquelle ce corps minuscule vient fracasser ses hanches contre la barre la plus basse, ces bras qui s'enroulent autour des barres, je reste interdite, le souffle coupé bien que je connaisse l'issue, bien que je sache qu'elle ne se brisera pas le cou; je comprends mieux le choc que fut cette petite Roumaine de quatorze ans.

Impossible alors de lâcher ce roman hybride, entre imagination, reconstitution et conversations avec la principale intéressée.
Au-delà de l'itinéraire hors normes d'une enfant si douée, Lola Lafon questionne l'est et l'ouest, donnant vie à la Roumanie de Ceaucescu que je ne connais pas, nous questionnant sur les "vertus" de notre système capitaliste, sur la normalité de l'existence du commun des mortels ("de plus en plus souvent je suis reléguée à ma place "normale", cet espace où elle [Nadia] m'expédie comme on montre à un bambin pénible sa chambre pour qu'il y disparaisse"), mais aussi sur la féminité, à travers le parcours de cette jeune gymnaste que tout le monde fait sienne, celle que l'on ne veut pas voir grandir, celle dont on finit par se détourner parce qu'elle devient femme.

Un roman captivant et poignant, qui ne cède ni au manichéisme facile ni à la fascination complaisante, et qui donne envie de se plonger das les autres écrits de Lola Lafon.

 

"Nadia plonge, sa jambe en arabesque derrière elle, un long soupir tracé au pinceau. Puis, son pied droit pointé devant, elle se détourne des mortes, des battues, tous ces sanglots de filles fracturées, et posément aligne - flic flac - les cartes de mauvais sort retournées, vaincues, une fois de plus, elle les salue, ils sont debout, follement aimants, bouleversés d'avoir goûté à l'odeur terrible d'un mauvais sort repoussé."

 

 

Edit: en prêtant ce livre on m'a rappelé que la préface précisait que tout ce qui suivait était pure fiction, ce qui inclut les échanges entre Nadia et l'auteur, ce que j'avais totalement oublié...

 

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26 juillet 2015 7 26 /07 /juillet /2015 16:53

Un dimanche d'été pluvieux.
Les vacances sont déjà loin derrière, et trop lointaines devant, je me sens étouffer dans un espace temps étrange, le fameux mois d'août à Paris, que chaque année je redoute et attends à la fois.
Plus de chocolat dans le placard; mes doigts s'attardent sur la couverture de ce livre qui m'avait transporté avant mon départ - il y a une éternité me semble-t-il.

 

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Un texte écrit par Françoise Giroud "à l'été de [sa] vie", à quarante-quatre ans, alors qu'elle se reposait enfin dans le sud de la France après une tentative de suicide ratée. Son médecin la pousse à écrire ce récit cathartique. En fait de catharsis, il s'agit plutôt d'une autobiographie, depuis sa naissance jusqu'à ce fameux été donc, la folle trajectoire d'une femme ayant des aptitudes pour la liberté, "mais peu de dons pour le bonheur".

En le reprenant dans mes mains un mois plus tard, je retrouve toutes les pages que j'ai cornées alors, je me souviens. Du plaisir que j'ai eu à lire ce récit, ces mots si justes et sans affect, du courage et de l'énergie qu'il m'a insufflé, de combien il avait résonné en moi et combien j'en étais sortie inspirée.

Plus que n'importe quelle phrase que je pourrais écrire, ces morceaux choisis parleront d'eux-mêmes:

"Le temps magnifique de la vie, c'est celui où l'on sait et où l'on peut."

"Être libre, c'est aussi accepter de perdre."

"je crois à la vertu de l'information et surtout à la nécessité de tendre toujours vers le merveilleux pour y atteindre parfois."

"A cette solitude à deux, avec tout ce qu'elle exige d'efforts si l'on veut être poli, je préfère, depuis longtemps, excusez-moi, ma propre compagnie."

 

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30 juin 2015 2 30 /06 /juin /2015 10:01

old age should remind us that there is a beginning middle and end. make this finite space we occupy mean something.

 

Les mains de cette femme.
Des mains pleines de lignes.
Ce vernis corail presque trop vif, sur des ongles étroits et longs.
Le vernis mal étalé, qui a mal séché, qui s'écaille et se fend, m'émeut au plus profond de moi sans que je sache bien pourquoi.
Mais si, je sais bien pourquoi.
C'est la coquetterie résistante de cette femme qui me touche, ce soin apporté à sa personne coûte que coûte, c'est ce collier qu'elle a choisi pour orner son cou, ce rose vif qu'elle a choisi pour ses lèvres, ce crayon turquoise avec lequel elle a décidé de souligner ses paupières usées; c'est sa personne tout entière.

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Published by leshumeursdeviolette - dans Dans le métro
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28 juin 2015 7 28 /06 /juin /2015 20:04

 

Retrouvailles avec cet auteur que j'aime tant, dans l'euphorie du souvenir de Corniche Kennedy.

Réparer les vivants, un titre fort qui me faisait envie depuis sa sortie, un titre qui s'étale en quatre par trois dans les couloirs du métro, le roman aux dix prix...

Je retrouve l'écriture familière de Maylis de Kerangal, mais je sens au bout de quelques pages que ça ne fonctionne pas cette fois-ci. J'ai comme l'impression que l'écrivain s'est pris à son propre piège, à ses propres travers, je me sens un peu lasse de ce récit que je viens de commencer, et j'ai du mal à m'avouer ma déception.
Peut-être est-ce le trop grand nombre de personnages, évocation d'un film choral, oui c'est peut-être ça le problème, tout dans ce roman appelle le cinéma, et le propos est un peu trop lacrymal pour moi.

Heureusement Maylis de Kerengal a du génie, c'est un auteur de son temps, son écriture est moderne et juste, qu'elle donne la parole à des jeunes adolescents comme à des moins jeunes. Elle sait donner vie à ses personnages en trois mots, le passé, le présent, tout est palpable, tout est vivant.

Et rien que pour être emportée par des passages comme celui-ci, je suis heureuse de m'être accrochée.

"à force d'avoir vingt-trois ans elle en avait vingt-huit, à force d'en avoir vingt-huit, elle en a trente et un, le temps cavale tandis qu'elle jette sur son existence un regard froid, un regard qui dézingue l'un après l'aurre les différents secteurs de sa vie - studio humide où prolifèrent les cafards et le cresson de la moisissure sur le joint du carrelage, emprunt bancaire suceur de superflu, amitiés à la vie à la mort reconfigurées en périphérie des familles nouvellement créées, polarisées sur des berceaux qui la laissent de marbre, journées saturées de stress et soirées de nanas sur la touche mais épilées nickel, [...] sinon de rares épisodes sexuels sur des matelas merdiques, contre la suie graisseuse d'une porte de parking, des types souvent gauches, pressés, radins, finalement peu aimants, l'écoll en quantité nécessaire pour lustrer le tout, voilà"

 

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23 juin 2015 2 23 /06 /juin /2015 10:24

http://www.presse-france2.fr/wp-content/uploads/2015/05/1432839709_montage+Ovidie+2.jpg

 

Oui, à quoi rêvent-elles ces jeunes filles nées juste après moi, un clavier dans les mains? Ces jeunes filles pour qui - a-t-on l'impression du moins - le porno n'a plus rien de secret ni de subversif? Ces jeunes filles grandies dans un monde où le sexe s'étale dans tous nos espaces publics, dans nos magazines, sur internet, où il est si omniprésent... qu'il en est devenu banal, que tout le monde en connaît presque toutes les pratiques. Mais pour autant, cette omniprésence du sexe a-t-elle libéré les femmes et leur parole?

Quarante ans après la libération sexuelle, tout n'est pas permis, loin de là, et nombreux sont les diktats qui s'imposent encore aux jeunes femmes: injonction d'être une amante experte qui saura garder son homme, spectre éternel de la salope, prégnance de l'iconographie pornographique avec la dictature de l'épilation intégrale (certains jeunes garçons n'ont jamais vu de sexe non épilé!) et ses conséquences (développement des opérations de nymphoplastie), éternelle domination masculine...

En confiant la parole à de jeunes femmes investies (la blogueuse de Poulet rotique, une journaliste sexo, une réalisatrice de films érotiques et pornos, une jeune gameuse dont les expériences de harcèlement en ligne font froid dans le dos...), Ovidie tente de comprendre comment les jeunes femmes appréhendent et vivent leur sexualité aujourd'hui, entre liberté et soumission aux codes.
Le grand écart entre leurs convictions féministes et certaines de leurs pratiques (sexuelles ou encore le jeu des selfies osés auxquels certaines s'adonnent) les place dans une position paradoxale qu'elles sont les premières à reconnaître.

Le sexe 2.0 n'a ni libéré les femmes ni aboli les normes, mais les a simplement déplacées. Contrairement à hier, une fille ne souhaitant pas faire de fellation se verra targuée de prude, les jeux de domination sont monnaie courante mais l'homme demeure bien souvent le dominant, la bisexualité féminine (fantasme masculin par excellence) ne fait plus peur à personne, et demain ce sera au tour d'une pratique moins courante aujourd'hui de devenir la norme.
Et derrière cela, la méconnaissance de son propre corps et le désir de plaire à l'homme qui passe souvent avant son propre plaisir - on ne se défait pas comme ça de siècles de domination masculine nous rappelle Ovidie...

Tout cela pourrait être un peu plombant, mais comme le rappelle la directrice du planning familial interviewée par Ovidie, il faut aussi faire confiance aux jeunes. Et les jeunes femmes participant à ce documentaire s'interrogent avec intelligence, et continuent d'ouvrir le chemin pour les suivantes.

A quoi rêvent les jeunes filles? Un documentaire d'Ovidie diffuse ce soir sur France2 et visible également ici.

 

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