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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 09:48

 

Lili avait besoin de partir, alors elle est partie. Elle quitte Manosque et les bars enfumés qu'elle ne connaît que trop pour aller pêcher en Alaska.
L'Alaska, le bout du monde, la dernière terre avant la mer, la vraie, celle à laquelle Lili veut se frotter.

La pêche aux flétans, la vie à bord, les hameçons que l'on prépare, le bizutage des greenhorns, les litres d'alcool que l'on ingurgite à terre quand on débarque («repeindre la ville en rouge»), tout devient peu à peu familier, et l'on se surprend à étouffer quand on reste trop longtemps à terre, nous aussi.

L'écriture de Catherine Poulain énumère, égrène sans s'appesantir. Les sentiments, les évènements, le quotidien, le rêve, les nuits de travail, l'heure du café. Sans hiérarchie ni prédominance de l'un sur l'autre. Tout est important, rien ne l'est vraiment.
Ses mots sont secs, ses phrases courtes et sans détours. De cette épure se dégage une grande poésie des éléments et de l'humain, aux tonalités par moment lyriques.

Au début je me suis perdue. Les noms de lieux, les noms des gens, ce personnage qui m'agaçait et me fascinait à la fois (parce qu'elle a eu le courage de partir et de se frotter à son désir si puissant?), les relations entre les individus... Et puis j'ai compris. Il faut du temps; les grands marins ne s'apprivoisent pas comme ça.
Il lui en a fallu du temps à Lili, aussi, pour obtenir une couchette, pour qu'on la respecte comme pêcheuse, pour qu'on lui parle, enfin, vraiment, pour qu'on arrête de croire qu'elle est une «touriste venue faire une expérience, se taper des mecs et raconter après qu'elle a connu l'extrême.»

Le grand marin nous embarque dans un monde à vif comme ceux qui le peuplent.

 

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 09:06

 

Sils et Jenny n'ont aucun don pour la vie matérielle. A presque soixante ans, ils doivent quitter la librairie de livres d'exception et d'occasion qu'ils tiennent depuis des années; ils n'ont nulle part où aller.

"En fait, nous étions façonnés de lectures et de rêves (et d'expériences plus poétiques que stratégiques), ce qui pouvait ne pas sembler malin alors que les temps nous demandaient de nous montrer dynamiques, électroniques, immédiats et vifs, hypermodernes, ne sachant même plus ce qu'était un roman."

Jusqu'à ce que Jenny se rappelle la Survivance, cette ruine des Vosges qu'ils avaient achetée dans les années 70. Alors étudiants, ils avaient essayé d'y vivre avant d'abandonner juste avant l'hiver. "Tu es folle" lui rétorque Sils, mais finalement c'est là qu'ils trouvent refuge et s'installent. Elle à l'"intérieur" (le toit est cassé et il n'y a qu'une seule pièce à partager avec les bêtes), lui dans une tente militaire à l'extérieur.

Elle bêchera, plantera, s'occupera du jardin et de la nourriture, il se chargera du bois et cultivera son intérieur, relisant les livres qu'il a peur de ne pouvoir emmener, après, et se lançant dans une quête chromatique sur les traces de Grünewald. Elle se fondra dans le décor, observera les cerfs, ira contempler le monde du haut de la montagne; il s'angoissera face à la mort, préparera son héritage et lui reprochera de se lancer des fleurs.

Survie du corps et de l'esprit, beauté cruelle du monde, liens au vivant et ponts vers l'intellect, La Survivance est un roman éblouissant sur le monde, le rêve et la vie.

 

"Nous étudiions, et c'était rêver, c'était agrandir les possibilités du monde."

"C'est le sursis qui donne à la vie son parfum déchirant, exquis."

 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 10:01

Sichuan, début des années 80. Fabienne Verdier part pour la Chine après s'être battue pour l'obtention d'une bourse. Le pays sous emprise maoïste saigne encore des plaies de la Révolution Culturelle.

A travers les yeux de Fabienne Verdier, c'est tout un monde que l'on découvre. Un monde au fonctionnement opaque, où la terreur et la soumission règnent. Une société qui a tourné le dos à son passé et le renie.
Il faudra patience, persévérance et courage à Fabienne Verdier pour obtenir le droit de suivre l'enseignement qu'elle a choisi: la calligraphie.

Outre l'aspect documentaire, voire historique, de ce texte qui a commencé à combler mes lacunes sur l'histoire de la Chine, c'est le cheminement intellectuel et sensitif de Fabienne Verdier qui m'a passionnée.
Une nouvelle façon de voir le monde que ses maîtres lui apprennent, un rapport au temps différent (un apprentissage dure au minimum dix ans!), l'humilité face au monde, la contemplation de la nature et l'émerveillement que l'on en retire, l'ascèse qui découle naturellement de tout cela, et la magie de la créativité qui en naît.

 

***

"il faut apprendre, puis oublier ce qu'on a appris, retrouver le naturel jusqu'à parvenir à créer sans effet [...] il est très difficile de retrouver sa véritable nature, surtout à une époque où la famille, l'éducation, les règles sociales, la pression des autres, les modes nous façonnent à notre insu."
enseignement de Maître Huang à Fabienne Verdier

"J'ai appris que l'extase, qu'elle se crie ou se taise, n'est pas un don du ciel qu'on attend les bras croisés, mais qu'elle se conquiert, se façonne, et que l'intelligence y a aussi sa part."

 

Fabienne Verdier au travail


 

 

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2 mai 2017 2 02 /05 /mai /2017 09:32

Manhattan, années 50, lundi 2 Janvier.
Caroline commence à travailler comme secrétaire aux éditions Fabian pour noyer le chagrin de fiançailles rompues.
La jeune April, fraîchement débarquée du Colorado pour tenter sa chance comme actrice à New York, commence en même temps qu'elle, ainsi que Gregg, une jeune actrice.
Autour d'elles gravitent d'autres femmes: Barbara, jeune divorcée avec une petite fille; Miss Farlow, une des rares cadres femme de chez Fabian; la mère de Barbara; Marie-Agnès, jeune fiancée qui se marie dans un an, cette autre qui vient de se marier...

Toutes ces jeunes femmes célibataires n'ont qu'un seul but en tête: se marier, et sont prêtes à renoncer à leur travail si besoin (voire n'attendent que cela pour certaines).
Il faut replacer les choses dans leur contexte: Rien n'est trop beau a été écrit dans les années 50, une donnée qu'il faut bien garder en tête. 

Et pourtant, si ce roman a remporté tant de succès à sa publication de l'autre côté de l'Atlantique, c'est aussi parce qu'il dépeint avec justesse les contradictions de ces femmes et la dureté (doux euphémisme) des relations que les hommes leur imposent. Misogynie et paternalisme au travail, infantilisation, injonctions, agressions et droit de cuissage, méfiance vis-à-vis du divorce, avortements clandestins et les dangers qui vont avec...
Non, il ne faisait pas bon être une femme dans les années 50. 

Rien n'est trop beau est un roman qui ne vieillit pas très bien. Difficile de ne pas s'agacer de cette aspiration continuelle au mariage, de cette idéalisation de la vie conjugale totalement surannée, mais l'intrigue est malgré tout captivante (comment ne pas s'attacher à la sagace Caroline?), les personnages, plus complexes qu'ils ne le semblent de prime abord, s'empêtrent dans leurs conflits intérieurs, et certains thèmes vraiment modernes sont évoqués (liberté, IVG...).
Un rappel de nos droits difficilement acquis ne fait jamais de mal, surtout à l'heure où ils sont clairement menacés.

 

Parce que la couverture est vraiment trop laide, nos chères héroïnes de Mad Men

 

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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 09:33

 

Je l'avais emprunté.
Et puis j'ai voulu avoir le mien, assez rapidement d'ailleurs - dès la douzième page.
Un exemplaire dont je pourrais corner les pages et souligner les passages qui m'importent. Car, dès la douzième page donc, Jeanette Winterson m'a touchée:
"Pourquoi une femme devrait-elle être cantonnée à quoi que ce soit ou par qui que ce soit? Pourquoi une femme ne devrait-elle pas avoir d'ambition littéraire? D'ambition personnelle?"
Puis, plus loin:
"Je crois à la fiction et au pouvoir des histoires parce qu'ils nous donnent la possibilité de parler de nouvelles langues. De ne pas être réduits au silence."

L'écriture, la lecture, nos contradictions, le féminisme, la créativité, les émotions, la résilience, la recherche du bonheur (ou le droit de remonter le courant).
Dans la première partie, surtout, j'ai eu l'impression qu'elle me parlait, à moi, directement et sans intermédiaire. Et pourtant nos histoires n'ont rien en commun. Mais n'est-ce pas, comme elle le souligne si justement, la force de l'écriture, de la lecture?
"Plus je lisais, plus je me sentais liée à travers le temps à d'autres vies et éprouvais une empathie plus profonde. Je me sentais moins isolée. Je ne flottais pas sur mon petit radeau perdu dans le présent; il existait des ponts qui menaient à la terre ferme. Oui, le passé est un autre pays, mais un pays que l'on peut visiter et dont on peut rapporter ce dont on a besoin."

Elle m'a fait penser à Nuala O'Faolain aussi. Ça, je m'en suis rendu compte plus tard - dans mon lit, la nuit.
Et cela faisait bien longtemps qu'une auteure ne s'était pas invitée dans mes pensées, la nuit.

 

 

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31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 10:03

 

Tout commence par une photo épinglée sur le mur d'une cellule des Baumettes, ou plutôt par la soigneuse description de cette photo extraite du magazine de charme Dreamgirls, Octobre 82.

De fil en aiguille, ou plutôt de marabout en bout de ficelle, c'est la généalogie de la fille de la photo que va dérouler Eric Laurrent sur deux cents pages ou presque. L'histoire de son grand-père, le portrait de son père, les errances de sa mère, son enfance puis son adolescence... jusqu'à ce jour de 82 où la rédaction de Dreamgirls la rappelle.

Les personnages que dépeint Eric Laurrent sont instantanément vivants, chacun avec son langage, son costume, ses "valeurs" - on les toucherait presque!
Si aucun n'est vraiment sympathique, tous nous interpellent, nous dérangent.

On ne connaîtra pas la vie de Nicky Soxy - en dehors de quelques allusions çà et là, des citations d'interviews ou des témoignages de policiers suite à la découverte de son corps. Libre à nous de la fantasmer, toutes les clés sont dans nos mains; sa psyché comme son corps nous ont été livrés.

Derrière Nicky Soxy et en petites touches, le paysage d'une certaine France.
Une France des étroites années 60, d'avant le planning familial, la pilule et le droit à l'IVG, une France où la religion est plus que présente dans les vies et les esprits, puis, à travers Suzy, les années psychédéliques, et enfin un fameux soir de Mai 81.

Si au départ les personnages et le style d'Eric Laurrent m'ont pleinement embarquée, je me suis essoufflée dans la seconde moitié. Trop de longues phrases dont les subordonnées me perdaient, trop de mots inconnus, que j'ai aimé découvrir mais dont l'emploi m'a paru un peu vain et surtout fat (dans le désordre: ductile, orogénique, apophtegme, pulvérulent et le joli éphélide). Et ces descriptions qui me plaisaient tant ont fini par me lasser, tant l'auteur y recourrait de manière trop systématique.

Dommage, mais cela n'empêche pas Nicky Soxy de faire claquer les talons de ses mules dans mon cerveau.

 

 

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24 mars 2017 5 24 /03 /mars /2017 15:18

On n'estime jamais assez le pouvoir d'attraction des couvertures.

Je n'avais jamais entendu parler de Carmen Laforêt jusqu'à ce que, sur un vol retour vers Paris, je voie cette couverture dans les mains d'une femme non loin de moi.
Celle-ci m'a hantée suffisamment longtemps pour que j'erre de librairie en librairie, sans succès, jusqu'à finalement trouver ce roman à la bibliothèque, mais dans une autre édition - avec heureusement une très belle photo de Carmen Laforêt herself.

C'est un roman sombre, étouffant, suintant, comme cet appartement encombré de la rue Aribau où Andrea va passer une année.
La guerre s'est terminée il y a peu, la famille d'Andrea vivote en se déchirant sans cesse, contrainte à une cohabitation forcée et empreinte de violence.

Du passé d'Andrea on ne sait pas grand chose, si ce n'est qu'elle attend beaucoup de Barcelone. "J'ai fait là-dessus trop de rêves pour n'avoir pas la sensation d'un miracle." Elle tient à sa liberté, aussi; elle aime marcher, Andrea. Courir tout Barcelone à pied, des faubourgs aux quartiers chics, marcher jusqu'à l'épuisement, parfois, elle qui n'a jamais le ventre plein, marcher même si ce n'est pas convenable, car "il ne convenait pas de [se] promener, libre comme une folle, ni de sortir avec des garçons". Hommes ou femmes, tous s'accordent sur ce point: "A Barcelone, une jeune fille doit se défendre comme une forteresse."
Et c'est bien l'un des thèmes de Nada, cet enfermement physique et psychique des femmes: assignées à demeure, mariées ou au couvent, soumises souvent, battues parfois, définies par les relations qu'elles ont avec les hommes et réprimées dans les (petites) libertés qu'elles prennent... Même avec ses amis masculins du même âge qu'elle, qu'on pourrait croire (à tort) plus progressistes parce que bohèmes, Andrea est sollicitée pour préparer des sandwiches!
"Ce langage de sang, de douleur et de création que suppose la condition même de femme, il m'était facile de l'entendre."

Cette année difficile, à la fois intense et pleine d'un vide cruel, qui verra Andrea se défaire de ses illusions sur Barcelone tout en aspirant plus que jamais à vivre, est empreinte de la même noirceur que les immeubles humides du Born. C'est une année vétuste, où les gouttes de pluie sont trop fortes et trop nombreuses, la chaleur trop intense, le pain trop rare.

"En peu de jours, ma conception de la vie s'était modifiée. Compliquée et si simple à la fois. Les secrets les plus douloureux, les plus jalousement gardés sont peut-être justement des secrets de polichinelle pour ceux qui nous entourent. Tragédies stupides. Larmes inutiles. Voilà la vie, telle que je commençais à la voir."

Carmen Laforêt herself

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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 15:11

J'ai enfin lu Petit pays.

Il était sur ma liste depuis sa sortie, en Septembre - je dévorais toutes les interviews de Gaël Faye.
Je l'ai finalement acheté un soir de Février.
Le problème, quand on entend autant parler d'un livre, quand on l'attend autant, c'est qu'on risque d'être déçu.

Alors, voilà: j'ai été - un peu - déçue par Petit pays.

Peut-être que ce n'était pas la bonne semaine, peut-être que j'avais trop de choses en tête pour cette lecture-là, peut-être que les narrateurs-enfants ne me touchent pas vraiment.

S'il m'a fallu du temps pour rentrer dedans, je dois reconnaître que la tension qui s'installe crescendo m'a de plus en plus captivée, surtout à la fin (en dehors des échanges épistolaires entre Gaby et sa correspondante française). Et les personnages aussi sont captivants, de la mère de Gaby au vieux Jacques, en passant par le charismatique Innocent.


Je ne m'explique alors pas vraiment ma déception. Qu'est-ce que j'attendais, au juste?

 


 

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1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 17:02

Je ne comptais pas le lire.
J'évite habituellement ces histoires qui me retournent le cœur et l'âme.
Au cinéma, passe encore, mais en littérature, pas question! Pas question de passer plusieurs jours dans le malaise, la tension.

Et puis... une interview à la journée ELLE&les femmes et un épisode de La Poudre plus tard, ce roman s'est imposé.
Pas tout de suite, non. Laisser passer un peu de temps, se faire à l'idée, se le garder pour après - après les vacances, après la lecture de la reprise qui ne m'a finalement pas tant épargnée...

Une virée à la librairie plus tard, me voilà en sa possession, et moi qui suis surtout une lectrice du métro, je l'entame, comme une affamée, dès le vendredi soir. Puis le retrouve le lendemain.
Quand j'y suis plongée, plus rien d'autre n'existe, vraiment.
Je dors mal, évidemment, et, si je parviens à tenir le malaise à distance, une certaine tension me gagne peu à peu, jusqu'à ce que je le termine ce matin.

Chanson douce est un texte puissant, qui emmène loin, plus loin que prévu, qui force à regarder la laideur et l'horreur en face et qui interroge, remet profondément en question nos soi-disant principes et nos petits arrangements avec l'existence.
Leïla Slimani signe un roman contemporain plein d'intelligence et de résonance: sur la place des femmes (et sans aucun fard sur la maternité), les injonctions sociétales auquel on se soumet chaque jour (en ayant parfois l'impression d'en être libéré, la belle affaire!), les inégalités et différences de classe...

Une lecture troublante, remuante, mais nécessaire.

 

 

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 11:31
 
C'est un livre à mettre entre toutes les mains - même celles des hommes (surtout celles des hommes?).

Il m'a tellement touchée qu'il m'a fallu quelques mois pour y revenir.
Après décantation en quelque sorte.

Je me suis reconnue bien souvent dans les situations/sentiments/contradictions décrits par Nancy Houston, qui regarde ici son parcours de femme avec son œil d'aujourd'hui, l'interroge, s'interroge, cherche, fouille, questionne des hommes aussi. Avec un ton que certains trouveront sûrement péremptoire - que je qualifierais de militant pour ma part.

Evidemment, tout le monde ne sera pas d'accord avec Nancy Huston - je ne l'ai pas forcément été, d'ailleurs. Rappelons simplement que ce texte n'a pas de vocation scientifique, il se base clairement sur son expérience, son vécu, ses amis, son univers... Même si elle élargit le champ de ses recherches, Reflets dans un œil d'homme demeure pour moi un écrit personnel - avec une portée universelle, certes, mais en aucun cas une vérité sociologique.

Mais je lui suis reconnaissante d'avoir su poser des mots sur des ressentis que je ne parvenais pas à exprimer, à formuler, d'avoir enfoncé les portes d'une prise de conscience amorcée depuis un moment, de m'avoir ouvert tant de pistes de réflexion à explorer, encore.
 
***
 
"Théoriquement notre réussite (comme celle des hommes) ne tient plus qu'à notre compétitivité, à notre volonté, à notre intelligence. Mais du matin au soir, les artéfacts de notre culture nous assènent au contraire qu'elle dépend de notre apparence physique. [...] Où est le vrai et où le faux? Suis-je mon corps, ou mon esprit?
Même si l'idéal de l'égalité entre les sexes rencontre l'approbation enthousiaste de leur esprit, il entre étrangement en collision avec ce qu'expérimente leur corps jour après jour...
[...] c'est formidable, aussi, de s'entendre dire que l'on est belle [...] et parce qu'on aime, aussi - parfois, c'est vrai, si on peut faire confiance -, baisser sa garde, abandonner son intelligence, son esprit critique, sa capacité d'analyse, et se laisser porter, emporter par le désir des hommes. C'est ce qui se passe dans l'amour: on n'est plus personne ou on est toutes les femmes en même temps, et l'on aspire aussi à se perdre, à s'égarer, à se confonde avec l'espèce, à se laisser envahir par le féminin générique [...]
si l'on est femme, l'on peut aussi réellement se perdre dans cette affaire-là. Devenir femme perdue.
Il y a là de quoi plonger toutes les jeunes femmes dans une schizophrénie carabinée."
 
CQFD.
 
 
 
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