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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 22:23

Los Angeles, cité des anges, une soirée dans une villa perchée.
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont acteurs.
Elle a le coup de foudre, le vrai, celui qui vous ôte la respiration, qui vous coupe l'oxygène, celui qui vous enchaîne à un parfait inconnu au premier regard.

Elle est française, il est canadien, elle est blanche, il est noir, "pourquoi a-t-elle besoin de [le] signaler, quel rapport avec l'histoire?" C'est que cette "petite distance, pas grande mais mesurable", "rapportée au corps humain [...], c'est la mesure du blanc au noir, c'est la mesure des lieux communs avec lesquels, depuis deux jours, elle bataille."

Le coup de foudre se transforme en passion dévorante, pour elle du moins. Et c'est avec elle que nous vivrons, de son côté, ces longs et pénibles épisodes de l'attente, des espoirs déçus, des incompréhensions, de leurs peaux différentes qu'il n'a de cesse de lui rappeler, de leur déséquilibre amoureux, elle qui attend trop, lui qui donne si peu, quand il l'a décidé, embarqué dans un projet plus important qu'elle.
"C'était un homme avec une grande idée. [...] Et pour elle la grande idée était comme une autre femme, et elle ne voulait pas qu'il la suive."

De Los Angeles à Paris, du pays basque au Congo, des plages de Malibu aux rivières d'Afrique, des contours d'une piscine hollywoodienne (on croisera même George Clooney) aux Pygmées de la forêt, les désillusions de Solange, son désarroi face à cet homme qu'elle reconnaît instinctivement sans le connaître... De l'idée première au story-board, des repérages à la fin du tournage, les mots de Marie Darrieussecq déroulent le film de "cette sorte de maladie", du premier émoi à la dernière nuit, sans lourdeur, sans sentimentalisme, juste de bout en bout.

"Deux survivants d'une même odyssée ou, n'exagérons rien, d'un même périple cahin-caha."

 

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 20:25

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C'est l'été et j'habite encore dans le sud. Je dois avoir dix-sept ou dix-huit ans, dans tous les cas moins de vingt.
C'est l'été, ma mère travaille, mon père et moi sommes en vacances, nous écoutons la radio. Tous les jours à la même heure, une chronique sur un roman ayant un lien avec l'été.
C'est l'été, nous sommes en voiture et dans le poste on évoque Corniche Kennedy.
Je ne suis pas une grande lectrice à cette époque, plus préoccupée par le roman de ma propre vie où je m'emmêle, l'été à la caisse du supermarché, l'été à la plage, l'été en boîte de nuit... 

C'est la fin de l'hiver et je suis à Marseille.
Depuis quelques temps je ne déserte plus ce sud que j'ai fui en m'installant à la capitale, bien loin du Mistral et des cigales.
Je suis à Marseille, je me réconcilie avec cette ville que j'ai longtemps détestée, et à la librairie je ne choisis que des lectures y ayant trait, toute à ma joie des retrouvailles.
Marseille année 40 de Mary Jayne Gold d'abord, Corniche Kennedy ensuite.

J'ai un peu peur de cette lecture, j'ai beau me rappeler le trajet en voiture, j'ai tellement aimé Naissance d'un pont que j'ai peur d'être déçue.

Mais comment aurais-je pu être déçue par cette écriture que j'aime tant?
Cette prose qui m'a tenue en haleine pendant quatre trajets de métro, qui m'a embarquée sous le soleil de Marseille alors que j'étais six pieds sous terre, cette langue moderne et juste, colorée et odorante, sensuelle, qui donnerait presque le tournis.
Maylis de Kerangal sait comme personne donner une âme à ses personnages qui prennent vie dès la première phrase. Chez d'autres cela sonnerait faux, cela paraîtrait grotesque, chez elle tout est évidence. De Sylvestre Opéra à Eddy, en passant par Tania et Mario, tous nous sont à la fois familiers et inédits.
Et une histoire somme toute plutôt banale (des jeunes désoeuvrés, la traite des blanches sur la Côte d'Azur, un flic usé) s'envole dans des eaux lyriques, sous le ciel plombant d'une cité qui s'asphyxie au soleil.

 

 

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8 mars 2015 7 08 /03 /mars /2015 17:25

Des femmes qui m'inspirent, qui m'aident à être moi, à faire mes choix, à tracer ma voie comme je l'entends, à me projeter, j'en ai parfois parlé ici.
Nuala O'Faolain, Michèle Lesbre, Nelly Kapriélian, Simone de Beauvoir, Françoise Sagan... Toutes m'ont fait avancer, m'ont aidée à être une femme comme je l'entendais, me rappelant qu'aucune règle ne m'était imposée, que je pouvais faire ce que je voulais, que j'étais libre.

Et puis un jour j'ai acheté King Kong théorie de Virginie Despentes.
Je la connaissais, évidemment, mais jusqu'à cette interview je ne m'étais pas vraiment sentie concernée par son travail.
Cette lecture a été un véritable choc. Au-delà de l'itinéraire personnel de son auteur, King Kong théorie est un manifeste salutaire du féminisme, à l'encontre des idées reçues et des idées consensuelles. Alors, oui parfois ça dérange, ça heurte, mais ça fait tellement avancer aussi!

A mettre entre toutes les mains, et pas seulement celles des filles.

"Le féminisme est une aventure collective, pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. Une révolution, bien en marche. Une vision du monde, un choix. Il ne s'agit pas d'opposer les petits avantages des femmes aux petits acquis des hommes, mais bien de tout foutre en l'air."

 

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 20:45

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Longtemps Nelly Kaprièlian ne fut pour moi qu'une voix du dimanche soir, quand j'écoutais encore Le Masque et la Plume, une voix familière avec laquelle je m'entendais souvent.

Ni roman ni essai, autobiographie mais pas totalement, s'éloignant de la star pour mieux y revenir, Le manteau de Greta Garbo est un écrit qui m'a interpellée, interrogée, remuée et dont certains passages continuent à résonner en moi.

Bien au-delà de la garde-robe d'une star mythique, au-delà de réflexions sur le vêtement, le texte, d'une folle contemporanéité, prend parfois une tournure presque sociologique, avant de bifurquer vers la fantasmagorie au paragraphe suivant, puis de reprendre le fil parallèle de son itinéraire féminin.

Alors oui, ces va-et-vients entre fiction, récit, analyse, autobiographie sont déroutants au début. Au début seulement, car le texte de Nelly Kaprièlian est fort, juste, sans fards, d'une honnêteté déconcertante, qu'elle décortique la mécanique des studios hollywoodiens comme celle de nos propres coeurs.
Je me suis plus d'une fois reconnue dans ses mots, qu'il s'agisse de mode, d'hommes, de désir, de garde-robe ou encore de notre condition humaine.

 

"Qu'avions-nous vécu? N'aurions-nous été que des fantômes à la recherche éperdue de nous-mêmes dans un petit théâtre d'ombres que nous avions pris pour la vie? Nous allions vieillir et nous effondrer de tristesse. Nous regarderions par-desus notre épaule et il n'y aurait rien. Rien d'autre que des soupçons d'amour, des gestes inachevés, des hypothèses d'existences, rien d'aussi tangible que ces robes pendeues comme des corps misérables dans nos armoires trop pleines."

"Quand l'élégance peut être un leurre, de la poudre jetée aux yeux de l'autre pour mieux le duper, le style prolonge le goût, permet d'exister contre toutes les déconvenues que l'existance nous oppose tôt ou tard."

"Chaque saison, [la mode] nous fournissait des coffres entiers d'illusions: ces petits objets magiques qui avaient le pouvoir de réenchanter le monde en restaurant notre confiance en nous. [...] Chaque robe contenait une multitude de narrations possibles [...] Et chaque vêtement réinjectait un peu de beauté dans nos vies quotidiennes, nous permettant de recomposer une scène où nous épanouir, un lieu imaginaire où jouer. [...] J'aimais la possibilité que nous offrent les collections de nous réinventer tel un phénix au rythme des saisons, de nous projeter à travers de nouvelles enveloppes dans de nouvelles fictions, de renaître, en somme perpétuellement."

 

Qu'on ne me dise jamais plus que nos vêtements ne signifient rien.

 

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6 mars 2014 4 06 /03 /mars /2014 07:03

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Une "miniature de la modernité réduite à sa plus simple complexité: une femme raconte sa propre histoire à travers celle d'une autre" (Barbara Loden à travers Wanda) se révèle un miroir plus profond: au travers de sa quête de Barbara, c'est le portrait de l'auteur elle-même qui apparaît par touches, un parcours de femme aux contours flous mais qu'une économie de mots rend palpable.

Conversations avec la mère, quelques souvenirs d'anciens amours, un voyage sur les traces de Barbara comme un road movie. 

On pense à Wim Wenders.

A Thelma & Louise, un peu.

A toutes ces petites soeurs de Wanda.

A Barbara Loden dont on sait si peu de choses, et à qui l'auteur tente de rendre justice.

Finalement on ne saura pas grand chose et pourtant.

Supplément à la vie de Barbara Loden est un texte sensible et intelligent, d'une acuité rare et sans aucune affectation.

 

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4 mars 2014 2 04 /03 /mars /2014 06:12

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Je l'ai lu en une nuit, je l'ai lu dans l'urgence, je l'ai reçu comme une gifle en pleine figure.
Voilà quelques temps qu'un livre ne m'avait pas retournée les tripes à ce point, ne m'avait pas dérangée au plus profond de mon âme, ne m'avait pas autant ébranlée.

Une enfance puis une adolescence pleines de souffrance, dans un environnement où toute différence est stigmatisée, qu'il s'agisse de sa famille, du collège comme du village; la misère d'une région dévastée; la honte; la violence; le déni de soi; jusqu'à la survie, comme on heurte le fond de la piscine avec son pied pour remonter à la surface; Edouard Louis ne nous épargne rien sans que son récit ne soit complaisant.

Edouard Louis a 21 ans. On a beau le savoir en commençant ce roman, qui est son premier, on l'oublie parfois tant ses mots sont matures, tant il a vécu déjà...

Il faut lire En finir avec Eddy Bellegueule, absolument. 

 

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 06:32

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Je ne sais pas depuis quand ce roman patientait sur mon chevet, mais après une lecture pénible j'ai eu aussitôt envie de m'y plonger. Non que les romans de Yates soient connus pour leur légèreté, mais je savais que ma lecture serait de qualité - depuis Easter parade, je n'ai plus aucune réserve sur cet auteur dont je regrette qu'il soit aujourd'hui encore méconnu.
Une fois encore, Yates m'a impressionnée avec cette histoire de prime abord banale, mais dont la tension gagne en intensité jusqu'à atteindre son paroxysme lors d'un été aussi interminable qu'étouffant.

Evan Shepard, héros dont la beauté est inversement proportionnelle à son manque de personnalité, s'enferme (presque malgré lui semble-til-parfois) dans une vie qui ne le satisfait pas, sans que cela le détermine à en modifier le cours. Autour de lui, une galerie de personnages à la fois banals et grotesques, empêtrés dans leurs névroses plus ou moins conséquentes, englués dans un quotidien plein d'insatisfactions et d'incompréhensions.

Qu'il s'agisse de jeunes amants trop jeunes mariés, d'un adolescent en plein malaise, d'un homme réalisant qu'il a raté sa vie ou d'un jeune homme trop enkylosé pour agir, Yates fait montre d'une plume acerbe et sagace pour décrire les tourments de ces pauvres humains en proie à un immobilisme qui leur sera fatal - "Presque n'importe quelle activité, n'importe quel moyen de remuer un peu d'air méritaient d'être considérés."

Il y a peu d'espoir avec Yates: les hommes sont incapables de réellement communiquer et de se comprendre, se débattant dans leurs vies sans y mettre suffisamment d'énergie pour que cela en vaille vraiment la peine.

Mais qu'elle en vaut la peine, cette lecture-là!

 

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16 janvier 2014 4 16 /01 /janvier /2014 06:45

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Depuis que j'ai vu Violette, j'avais la ferme intention de découvrir le travail de Violette Leduc, et c'est sur Ravages que j'ai jeté mon dévolu lors d'un passage en librairie.

L'écriture de Violette Leduc est aussi épidermique que son personnage dans le film de Provost. Epidermique et tranchante, profondément dérangeante, à l'image du personnage principal de ce roman, Thérèse, en qui on ne peut que voir un double de l'auteur (relations compliquées avec sa mère, impossibles avec les autres).

Ravages n'est pas une lecture facile, on est souvent irrité, désarçonné, poussé dans ses retranchements par une Thérèse qui n'a de cesse de se faire aimer, tout en aimant si mal. Ce personnage n'a rien de sympathique, ni même de compréhensible au début, et pourtant son chemin douloureux, ravagé, est captivant.

L'écriture de Violette Leduc, violente et âpre, impressionne par son économie et sa lucidité. En une phrase, en une simple phrase, elle raconte toute une vie.
"Une heure dix à l'horloge ronde périclitait. Pendant ce temps-là, la noce que Marc avait photographiée s'abreuvait, le tulle se salissait."

Ravages est un livre dont l'on sort exsangue et sonné, une pointe d'amertume au fond du gosier.

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 06:56

9782264051783.JPG800 pages.
800 et quelques pages qui ont souvent voyagé dans ma valise. Chine, Réunion, Provence...
800 pages que j'ai prêtées deux fois.
Sans les avoir lues.
Non, je n'avais pas envie de lire Les voix du Panamo. Vexée par un libraire idiot, j'avais fait un véritable blocage.

Et puis un dimanche de Novembre je me suis lancée, comme ça, pour voir. Dès lors il m'a été pratiquement impossible de le lâcher. Les 800 pages ont voyagé à nouveau, ont pris le métro jusqu'au bureau, et ont même gravi quotidiennement la centaine de marches qui conduisent à ma porte (mon ascenseur était en panne) (depuis cet épisode douloureux on me surnomme Iron Butt).

Les débuts sont un peu déroutants, voire même difficiles, la narration de Jaume Cabré est irrégulière (byzantine comme ils diraient au Masque), n'obéit à aucune règle temporelle ni spatiale mais est soumise à un souffle impétueux, urgent. Il faut donc s'habituer à ces aller-retours entre passé et présent, ces dialogues croisés, ces enchevêtrements de scènes, le changement de point de vue à chaque chapitre. Mais on est rapidement complètement happé par ce stupéfiant récit qui mêle grande et petite histoire, éclairant une facette de l'histoire que l'on connaît mal (l'Espagne franquiste aux prises avec les maquisards républicains), à travers une galerie de personnages dépeints avec une grande finesse que l'on a du mal à aimer comme à détester tant ils sont terriblement humains, avec comme décor la Catalogne, de Barcelone aux villages perdus des Pyrénées.

Jaume Cabré a effectué un véritable travail d'orfèvre: les pièces du puzzle se rassemblent petit à petit, s'emboîtant mal parfois pour mieux nous surprendre. De la première à la dernière page on est tenu en haleine - du grand art.

Impossible d'en dévoiler davantage sans déflorer le récit: il faut lire Les voix du Panamo!

 

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 06:38

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Si vous avez aimé l'exposition consacrée à Valloton au Grand Palais, si comme moi vous avez été transporté par son trait si graphique et moderne, ses couleurs et la force évocatrice de ses toiles, alors il faut lire Valloton est inadmissible.

A l'heure où je flânais entre les cartes postales, les différents ouvrages et les marque-pages, passage obligé à la fin de chaque exposition, on me mit entre les mains ce petit ouvrage, m'en recommandant chaudement la lecture.

Je dévorai d'une traite la quarantaine de pages qu'il recèle. Jamais je n'avais lu de texte aussi juste sur le ressenti d'une oeuvre, sur l'impact qu'un artiste peut avoir sur notre vie, comment il peut la transfigurer à tout jamais et nous ouvrir des perspectives dont on ne soupçonnait pas l'existence.

Evidemment il vaut mieux avoir encore en tête la peinture de Valloton pour être totalement emporté par ce récit, mais il est également universel dans le sens où il s'agit aussi d'une histoire d'art et de vie, d'un artiste qui a su toucher une enfant, puis une femme, la force de l'art au-delà de la mort.

Un ouvrage précieux.

 

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