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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 06:52

1437675-gfC'est la photo sur la couverture qui m'a donné envie de repartir avec ce livre.
Un choix peut-être absurde, voire peut-être même occulte pour certains; en tous cas pas nullement sérieux. J'ai tout de même parcouru la tant décriée quatrième de couverture avant de me décider - absurde peut-être, mais pas totalement inconsciente non plus!

Paula Fox, âgée de 82 ans lorsqu'elle rédigea ce court texte, retrace son voyage en Europe en 1946, juste après la Seconde Guerre Mondiale. Chargée de diverses missions journalistiques, elle passera cette année-là par (entre autres) Londres, Paris, Varsovie, Prague et Madrid. 
Il faut d'abord restituer à cette entreprise son audace qui n'est pas forcément évidente pour nous aujourd'hui, à l'heure où le (long) voyage sac au dos est un passage presque obligé pour tous les jeunes occidentaux du monde entier. A l'époque où Paula Fox décide de quitter son New York natal, on traversait l'Atlantique en ferry plus qu'en avion, et les jeunes femmes de vingt-deux ans partant en solitaire n'étaient pas légion. 
Le texte débute et s'achève aux Etats-Unis, dans ce New York si insupportable pour elle avant ce voyage. C'est imaginant que "[ses] difficultés disparaîtraient" avec son départ que Paula s'embarque pour l'Angleterre, "sur un navire qui, pendant la guerre, avait transporté des troupes américaines à travers l'Atlantique." Elle découvrira pendant son voyage une Europe libérée, certes, mais encore marquée par la guerre, et des survivants fracassés et meurtris.

Au-delà de ce tableau d'une Europe qui essaie de se relever, au-delà de l'Histoire, c'est le récit de l'expérience initiatique que constitue ce voyage pour la jeune femme sans attaches qu'est alors Paula Fox.

"La Seconde Guerre Mondiale avait dévasté l'Europe, des millions et des millions de gens avaient été massacrés, et en me montrant à moi aussi qu'il y avait autre chose que ma vie, l'année où j'y avais voyagé m'avait libérée de chaînes dont je n'avais même pas conscience."

 

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 06:37

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"C'était un été étrange et étouffant. L'été où ils ont électrocuté les Rosenberg. Je ne savais pas ce que je venais faire à New York."

Esther, jeune fille de dix-neuf ans, est lauréate d'un concours qui lui offre un mois de travail dans un magazine new-yorkais, ainsi que de nombreux cadeaux et sorties.

"J'étais censée être on ne peut plus heureuse."

J'ai collé aux pas d'Esther dès les premières pages, fascinée par ce personnage autant que par l'écriture de Sylvia Plath dont la sagacité m'impressionne.

Le malaise sous-jacent prend de plus en plus de place dans la vie d'Esther qui sombre dans la dépression à son retour de New York. S'enchaînent alors tentatives de suicide, progrès, rechutes à une époque (les années cinquante) où l'on soigne cette maladie à coup d'électrochocs - voire parfois par une lobotomie. On pense forcément à tous ces individus défaits d'eux-mêmes par ces traitements traumatisants, et à toutes ces femmes que l'on a envoyées en clinique car elles ne rentraient pas dans le moule étriqué de leur époque.

Cette deuxième partie est particulièrement éprouvante et en même temps passionnante car le personnage d'Esther, même si son regard déforme parfois la réalité, est une observatrice sans pareille de ses pairs et de son environnement, et la plume de Sylvia Plath m'a autant retournée qu'à la lecture d'Ariel.

Encore plus lorsque j'ai (re)découvert que les événements du roman sont directement inspirés de la vie de son auteur, qui avait fini par se donner la mort un mois après sa parution.

 

Je préfère garder en tête ces lignes pleines d'un espoir qui lui aura finalement fait défaut:

"J'ai respiré un grand coup et j'ai écouté le vieux battement de mon coeur.

Je vis, je vis, je vis."

 

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 07:17

photo-copie-15.JPGUn beau cadeau de Missbouquin, qui connaît mon penchant pour Michèle Lesbre depuis Le canapé rouge

Un an s'est écoulé depuis ma découverte de cet auteur, et j'ai à nouveau été touchée, un peu pour les mêmes raisons. Le sentiment aussi qu'elle a pris le relais de Nuala.

Alors, oui, certains passages m'ont moins touchée que d'autres, certains paragraphes m'ont semblé de trop, mais les mots de Michèle Lesbre m'ont embarquée malgré tout, m'ont attachée aux pas de son héroïne où j'ai - une fois de plus - retrouvé un peu de moi. Cette fébrilité m'a portée de bout en bout de ma lecture, comme l'héroïne au bout de sa nuit.

Et si celle-ci estime que "les mots ne sont pas toujours à la hauteur", cela ne vaut pas pour ce roman, dont je suis encore toute imprégnée.

"Quelque chose me dérangeait soudain, quelque chose qui ressemblait à ma vie rituelle et monotone que les murs me renvoyaient. [...] Toute cette vaisselle, tous ces échafaudages d'objets inutilisés, accumulés au fil du temps, me ressemblaient peut-être."

"c'est un sourire ambigu, plein de cette appréhension que j'ai toujours eue dans les moments heureux."

"J'affirmais alors qu'il te manquerait toujours de ne pas avoir vu la maison des étés de mon enfance avant qu'elle ne soit vendue, que tu ne pouvais prétendre me connaître sans avoir fait le chemin jusqu'à elle, et donc jusqu'à moi."

 

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 06:18

Plus d'un an après la rétrospective au jeu de Paume,  j'ai enfin pris le temps de lire Une chronologie, sans doute encore dans l'élan photographique qui m'a pris depuis mon passage aux RIP.

C'est donc la tête pleine des photos des autres que j'ai commencé cet ouvrage, composé d'extraits des journaux de Diane Arbus autant que de sa correspondance, regroupés chronologiquement avec en parallèle quelques repères biographiques.

Ce qui n'était pas plus mal finalement, car j'ai pu me concentrer sur la personnalité de Diane Arbus, sa vie personnelle et professionnelle. Son écriture m'a embarquée dans ses interrogations, ses recherches théoriques et pratiques (ses différents appareils photo), ses amitiés, sa famile l'évolution de son travail - c'était la première fois pour moi que je suivais de si près le cheminement d'un artiste.

Un témoignage rare et intelligent, une personnalité particulièrement attachante, dont la mort m'a semblée brusque et soudaine, et m'a laissée hébétée.

 

diane-arbus-self-portrait-1945.png

Autoportrait - 1945

 

"Je suppose que la liberté est angoissante. C'est ce que je veux mais quelque chose en moi essaie de me faire croire que je ne peux pas. Et il y a tant de choses à faire qu'il y a des moments où je m'arrête et où je regarde autour de moi, et tout paraît trop dur pour continuer. Ce n'est pas vrai, évidemment. Mais c'est pourquoi les gens ont des emplois et paient des chèques [...] cela leur permet d'éluder des questions sans réponses."

Lettre à Carlotta Marshall, Novembre 1969

 

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20 juin 2013 4 20 /06 /juin /2013 07:12

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Easter parade retrace la vie de deux soeurs, Sarah et Emily, du divorce de leurs parents en 1930 jusqu'aux années 1960. Deux parcours de vie bien distincts l'un de l'autre: Sarah ne travaillera pas, se mariera et aura des enfants; Emily ira à l'université, travaillera, mènera une vie indépendante.

J'ai été emportée totalement par ces deux trajectoires, surtout celle d'Emily aux côtés de laquelle on passe plus de temps. S'agissant de Richard Yates on se doute bien que le happy end ne sera pas de rigueur, et il est vrai que la vie des soeurs Grimes est finalement loin d'être heureuse. Mais pas totalement ratée non plus si l'on y regarde à deux fois. La vie en fait, ses coups d'éclat imprévus, sa banale injustice, ses mauvais revers; la vie triviale, la vie profonde, sa simplicité, sa complexité; la vie normale.

Yates n'a pas son pareil pour décrire les comportements humains les plus subtils, perçant nos mécanismes peu glorieux comme nos incohérences apparentes. Le personnage d'Emily lui permet de mettre à nu nos mensonges vis-à-vis de nous-mêmes comme des autres, nos petits arrangements avec nos consciences, la manière dont chacun s'accomode de la vérité. Mais Easter parade lui permet aussi d'explorer ces liens si complexes qui unissent les familles: amour, encombrement, énervement, attachement, embarras, souvenirs... Son analyse si juste du genre humain, et sa capacité à le mettre en scène et à la formuler d'une manière apparemment si simple confirment le talent de cet écrivain demeuré si longtemps méconnu.

Easter parade est une lecture qui ne nous ménage pas, mais qui fascine et questionne à la fois, qui nous retourne aussi par moments. Un livre sur la vie des soeurs Grimes, un livre sur nos vies ausssi.

 

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 07:17

photo-copie-1.JPGDe Joan Didion je n'avais lu que L'année de la pensée magique, qui en plus de me bouleverser, m'avait donné l'envie de découvrir les autres écrits de cet auteur dont l'intelligence m'avait impressionnée.

Démocratie n'est pas un roman évident. Allers-retours incessants entre présent et passé, ellipses, dialogues décousus, interventions de l'auteur, réflexion sur le roman, il est facile de perdre le fil du récit et de ne plus rien saisir.

Mais l'atmosphère que crée Joan Didion, mélange de moiteur tropicale d'Hawaï ou d'Asie, de piscines de grands hôtels et de greens de golfs, de vols aériens au-dessus du Pacifique, d'appartement à Central Park et de maison dans les Hamptons, la force qu'elle parvient à insuffler à ses personnages en si peu de mots, nous emportent dans le sillage d'Inez Victor, qui conservera son mystère entier de bout en bout.

L'histoire d'une femme issue d'une famille insulaire, dont les différents acteurs torturés ne peuvent que nous fasciner (à l'image d'une certaine famille Kennedy), qui épousera un homme politique briguant la présidence des Etats-Unis et se pliera à l'exercice des apparences. Campagnes électorales, hommes de l'ombre, voyages luxueux à l'étranger, réceptions mondaines, Joan Didion décrit toutes les facettes d'un milieu politique et mondain, où un article sur la décoration d'un appartement peut avoir autant d'impact qu'un discours à la convention démocrate, le tout avec la guerre du Vietnam en toile de fond.

Joan Didion est également scénariste à Hollywood, et on le comprend sans mal tant on peut imaginer le film qui serait tiré de son récit. Mais l'on ne saurait réduire Démocratie à un script idéal, tant ce récit est maîtrisé, tant son écriture est fine et aiguisée, pleine de sagacité de d'acuité.

Au-delà de la trajectoire si particulière d'Inez, c'est le tableau de l'hypocrisie et l'opportunisme d'une classe politique, de l'ennui et la vacuité d'une classe sociale étouffée par ses propres conventions, que Joan Didion dépeint ici.

Une certaine Amérique qui commence à se fissurer.

 

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 07:16

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Le 30 décembre 2003, après avoir passé l'après-midi au chevet de leur fille unique hospitalisée en soins intensifs depuis cinq jours, Joan Didion et son mari s'apprêtent à dîner lorsque ce dernier meurt subitement d'une crise cardiaque.

Face à un tel acharnement du sort, on pourrait s'attendre à des débordements inévitables; il n'en est rien. L'année de la pensée magique, récit de cette année si particulière, ne fait preuve d'aucun apitoiement ni d'aucune complaisance.

Des débuts où l'absence de l'autre s'impose violemment au moment où le deuil commence vraiment, Joan Didion décortique son comportement, ses pensées, essaie de les comprendre, de les identifier, cherche des pistes dans des essais scientifiques, fait marche arrière dans ses souvenirs, fait l'apprentissage de la solitude, se pousse à ne pas passer " le reste de [sa] vie à être un cas particulier, une invitée, quelqu'un qui ne peut pas fonctionner toute seule." Tout passe au crible de sa plume: les pensées irrationnelles - "Je ne pouvais pas donner le reste de ses chaussures [...] il aurait besoin de ses chaussures, s'il revenait" -, les souvenirs qu'elle n'embellit pas, les regrets, la survie et ses tactiques, le temps que met "la réalité de la mort" à "pénétrer la conscience", la prise de conscience aiguëe que "la vie change vite."

Ce texte est si dépouillé qu'il n'en est que plus fort, et l'absence d'aucun sentimentalisme accroît l'écho qu'il trouvera forcément en chacun de nous.

"La vie change dans l'instant.

On s'apprête à dîner et la vie telle qu'on la connaît s'arrête."

 


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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 06:06

image.jpegCe livre aussi fort que bref réussit à semer un trouble qui persiste plusieurs jours après en avoir achevé la lecture.

Eté 68, un bord de mer américain, une maison de vacances.

La maison d'à côté que l'on loue, le bateau pour les virées en mer, un héros de dix-huit ans, les filles, la poésie. Les écueils banals de nos vies, l'amour au panthéon, le désir. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous.

Et pourtant.

Se délestant rapidement de ses fausses allures de roman initiatique, le récit s'approfondit page après page, jusqu'à la conclusion tragique (annoncée dès la première phrase mais qu'on oublie en chemin, grisé que l'on est par le soleil, la mer et Emily Dickinson).

Il m'est difficile de trouver les mots justes pour évoquer sans le trahir ce récit, qui n'a rien de la légèreté ni du badinage estival dont il semble se parer au premier abord.

L'amour adolescent n'est finalement qu'un prétexte, un catalyseur précipitant les désirs et préoccupations de chacun, et la tension monte jusqu'à en devenir presque étouffante pour le lecteur comme pour Michael: "Il me tardait que cette fête s'achève et que l'été prenne fin."

Les dialogues sont parfaitement menés, les personnages finement étudiés, le déroulement du récit maîtrisé. Il n'y a pas une phrase de trop, et on termine cette lecture presque hagard, secoué en tout cas, par la claque de littérature que l'on vient de se prendre.

 

***

 

Charles Simmons privilégiant la qualité à la quantité, il ne publie qu'un livre par décennie. Aujourd'hui seuls deux de ses romans sont traduits en français: Les locataires de l'été, donc, et Rides.

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 06:22

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Il y a des livres dont on se méfie, vis-à-vis desquels on est plein d'appréhension et de préjugés.

A sa sortie le livre de Delphine de Vigan ne m'inspirait rien qui vaille. Trop de bruit autour peut-être... Je n'arrivais pas à accorder de crédit aux bons échos (de critiques ou même d'amis) que j'entendais, je restais bêtement hermétique, j'avais l'impression que tout avait été déjà éventé, que je le connaissais déjà.

En passant à la librairie dernièrement, je l'ai vu en poche sur le coin de la table, et ai décidé de me faire ma propre opinion - mieux vaut tard que jamais. En l'achevant tard dans la nuit, luttant contre le sommeil pour en venir à bout, j'ai pris conscience de ma bêtise, tant cette lecture m'a habitée de bout en bout, et m'a interpellée. 

A la mort de sa mère, Delphine de Vigan n'a eu d'autre choix que d'"écrire sur [elle], autour d'elle, ou à partir d'elle."

Elle, c'est Lucile, une "femme fragile, d'une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s'est tenue au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée, humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité, murée dans sa solitude."

Cette mère si particulière, Delphine de Vigan la raconte depuis son enfance jusqu'à sa mort, sans complaisance, mais sans régler ses comptes non plus, avec finesse et lucidité. Finesse dont elle fait également preuve en racontant sa famille si atypique. Une famille haute en couleurs, fascinante et étouffante, sur laquelle le sort semble s'être quelque peu acharné, et dont les épopées prennent des allures de légendes (elle fera même l'objet d'un documentaire à la télévision!).

Tout au long de son récit, Delphine de Vigan essaie de rester fidèle à ses souvenirs, mais aussi à ceux des membres de sa famille qui lui ont raconté Lucile et leur famille.

Ses difficultés à rester au plus près de la vérité, son appréhension de la réaction des siens lorsqu'ils découvriront son livre, tout ce que ce travail remue en elle, Delphine de Vigan les rapporte ici; son texte est à la fois récit et introspection. A travers le vécu de Lucile et du sien, elle s'interroge sur la maternité, la fraternité, les codes et liens qui font et régissent les familles, autant de questions qui interpelleront tout un chacun. Mais aussi sur l'écriture, sa pertinence, son sens, car, sans le savoir, Lucile a conduit sa fille à l'écriture.

Ce récit si fort, "cet élan, de [Delphine de Vigan] vers elle, hésitant et inabouti", est un texte passionnant.

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 06:16

1222128-gf.jpgJoyce Carol Oates est l'un des auteurs que je suis de près.
Je n'ai pas lu le quart de ses oeuvres tant la dame est prolifique, mais mes souvenirs de lecture les plus forts sont souvent associés à son nom, qu'il s'agisse de Blonde (que je n'ai jamais réussi à terminer tant il me retournait), des Chutes, ou encore des Mulvanney.
Derrière l'écrivain j'avais découvert la femme grâce à son Journal, et m'étais même étonnée de la découvrir sous un jour si paisible, elle dont les récits interpellent et dérangent souvent. On a beau savoir que l'on n'est pas ce qu'on écrit, cette "normalité" m'avait frappée, si idiot que cela puisse paraître.

J'avais alors été très impressionnée par l'équilibre qu'elle maintenait entre ses plusieurs vies: sa vie de professeur qui la passionne et où elle s'implique totalement, sa vie "publique" en tant que JCO (lectures, conférences, parutions...), sa vie d'écrivain pure et dure (comment son travail d'écriture avance, en parallèle de collaborations à diverses revues, publications d'essais, critiques ou même poèmes) et sa vie de femme, d'épouse heureuse, de Joyce Smith.

Quand J'ai réussi à rester en vie est paru, j'ai forcément eu envie de le lire, mais en même temps ce récit me faisait peur; ce n'était sans doute pas le bon moment. Et puis je l'ai trouvé il y a quelques temps posé en évidence chez le libraire, en poche en plus, alors pourquoi pas?

C'est un récit âpre, difficile, éprouvant sans aucun doute car il embarque le lecteur dans le désesespoir et le désarroi de la Veuve - ainsi qu'elle se prénomme elle-même.

De l'hôpital à l'été qui suit le décès de son mari, on suivra sa fausse convalescence (car on ne se remet jamais entièrement d'une telle perte, ainsi que lui apprend une amie, veuve depuis plus de vingt ans): tenter de regagner la surface, tâcher de survivre, jusqu'à ce constat final: "J'ai réussi à rester en vie".

Mais Joyce Carol Oates se remémorera aussi les moments heureux de la vie à deux, félicité dont elle est consciente, et soulignera l'importance, voire même la crucialité de l'amitié dans ces moments si douloureux.

Sans aucune complaisance ni aucun apitoiement à l'égard de la Veuve, ce récit frappe par son intelligence et son honnêteté. La plume si fine de Carol Oates est touchante et criante à la fois, pleine d'une vie presque instinctive, et ce même dans ses élans les plus désespérés.

 

Plus qu'empreint de tristesse, ce récit est pour moi empli d'une force vitale finalement indestructible.

"Si le sens de ma vie et l'amour de ma vie ont disparu, je peux encore trouver de petits trésors dans des déchets épars."


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