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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 06:06

image.jpegCe livre aussi fort que bref réussit à semer un trouble qui persiste plusieurs jours après en avoir achevé la lecture.

Eté 68, un bord de mer américain, une maison de vacances.

La maison d'à côté que l'on loue, le bateau pour les virées en mer, un héros de dix-huit ans, les filles, la poésie. Les écueils banals de nos vies, l'amour au panthéon, le désir. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous.

Et pourtant.

Se délestant rapidement de ses fausses allures de roman initiatique, le récit s'approfondit page après page, jusqu'à la conclusion tragique (annoncée dès la première phrase mais qu'on oublie en chemin, grisé que l'on est par le soleil, la mer et Emily Dickinson).

Il m'est difficile de trouver les mots justes pour évoquer sans le trahir ce récit, qui n'a rien de la légèreté ni du badinage estival dont il semble se parer au premier abord.

L'amour adolescent n'est finalement qu'un prétexte, un catalyseur précipitant les désirs et préoccupations de chacun, et la tension monte jusqu'à en devenir presque étouffante pour le lecteur comme pour Michael: "Il me tardait que cette fête s'achève et que l'été prenne fin."

Les dialogues sont parfaitement menés, les personnages finement étudiés, le déroulement du récit maîtrisé. Il n'y a pas une phrase de trop, et on termine cette lecture presque hagard, secoué en tout cas, par la claque de littérature que l'on vient de se prendre.

 

***

 

Charles Simmons privilégiant la qualité à la quantité, il ne publie qu'un livre par décennie. Aujourd'hui seuls deux de ses romans sont traduits en français: Les locataires de l'été, donc, et Rides.

 

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4 mars 2013 1 04 /03 /mars /2013 06:22

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Il y a des livres dont on se méfie, vis-à-vis desquels on est plein d'appréhension et de préjugés.

A sa sortie le livre de Delphine de Vigan ne m'inspirait rien qui vaille. Trop de bruit autour peut-être... Je n'arrivais pas à accorder de crédit aux bons échos (de critiques ou même d'amis) que j'entendais, je restais bêtement hermétique, j'avais l'impression que tout avait été déjà éventé, que je le connaissais déjà.

En passant à la librairie dernièrement, je l'ai vu en poche sur le coin de la table, et ai décidé de me faire ma propre opinion - mieux vaut tard que jamais. En l'achevant tard dans la nuit, luttant contre le sommeil pour en venir à bout, j'ai pris conscience de ma bêtise, tant cette lecture m'a habitée de bout en bout, et m'a interpellée. 

A la mort de sa mère, Delphine de Vigan n'a eu d'autre choix que d'"écrire sur [elle], autour d'elle, ou à partir d'elle."

Elle, c'est Lucile, une "femme fragile, d'une beauté singulière, drôle, silencieuse, souvent subversive, qui longtemps s'est tenue au bord du gouffre, sans jamais le quitter tout à fait des yeux, cette femme admirée, désirée, qui suscita les passions, cette femme meurtrie, blessée, humiliée, qui perdit tout en une journée et fit plusieurs séjours en hôpital psychiatrique, cette femme inconsolable, coupable à perpétuité, murée dans sa solitude."

Cette mère si particulière, Delphine de Vigan la raconte depuis son enfance jusqu'à sa mort, sans complaisance, mais sans régler ses comptes non plus, avec finesse et lucidité. Finesse dont elle fait également preuve en racontant sa famille si atypique. Une famille haute en couleurs, fascinante et étouffante, sur laquelle le sort semble s'être quelque peu acharné, et dont les épopées prennent des allures de légendes (elle fera même l'objet d'un documentaire à la télévision!).

Tout au long de son récit, Delphine de Vigan essaie de rester fidèle à ses souvenirs, mais aussi à ceux des membres de sa famille qui lui ont raconté Lucile et leur famille.

Ses difficultés à rester au plus près de la vérité, son appréhension de la réaction des siens lorsqu'ils découvriront son livre, tout ce que ce travail remue en elle, Delphine de Vigan les rapporte ici; son texte est à la fois récit et introspection. A travers le vécu de Lucile et du sien, elle s'interroge sur la maternité, la fraternité, les codes et liens qui font et régissent les familles, autant de questions qui interpelleront tout un chacun. Mais aussi sur l'écriture, sa pertinence, son sens, car, sans le savoir, Lucile a conduit sa fille à l'écriture.

Ce récit si fort, "cet élan, de [Delphine de Vigan] vers elle, hésitant et inabouti", est un texte passionnant.

 

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 06:16

1222128-gf.jpgJoyce Carol Oates est l'un des auteurs que je suis de près.
Je n'ai pas lu le quart de ses oeuvres tant la dame est prolifique, mais mes souvenirs de lecture les plus forts sont souvent associés à son nom, qu'il s'agisse de Blonde (que je n'ai jamais réussi à terminer tant il me retournait), des Chutes, ou encore des Mulvanney.
Derrière l'écrivain j'avais découvert la femme grâce à son Journal, et m'étais même étonnée de la découvrir sous un jour si paisible, elle dont les récits interpellent et dérangent souvent. On a beau savoir que l'on n'est pas ce qu'on écrit, cette "normalité" m'avait frappée, si idiot que cela puisse paraître.

J'avais alors été très impressionnée par l'équilibre qu'elle maintenait entre ses plusieurs vies: sa vie de professeur qui la passionne et où elle s'implique totalement, sa vie "publique" en tant que JCO (lectures, conférences, parutions...), sa vie d'écrivain pure et dure (comment son travail d'écriture avance, en parallèle de collaborations à diverses revues, publications d'essais, critiques ou même poèmes) et sa vie de femme, d'épouse heureuse, de Joyce Smith.

Quand J'ai réussi à rester en vie est paru, j'ai forcément eu envie de le lire, mais en même temps ce récit me faisait peur; ce n'était sans doute pas le bon moment. Et puis je l'ai trouvé il y a quelques temps posé en évidence chez le libraire, en poche en plus, alors pourquoi pas?

C'est un récit âpre, difficile, éprouvant sans aucun doute car il embarque le lecteur dans le désesespoir et le désarroi de la Veuve - ainsi qu'elle se prénomme elle-même.

De l'hôpital à l'été qui suit le décès de son mari, on suivra sa fausse convalescence (car on ne se remet jamais entièrement d'une telle perte, ainsi que lui apprend une amie, veuve depuis plus de vingt ans): tenter de regagner la surface, tâcher de survivre, jusqu'à ce constat final: "J'ai réussi à rester en vie".

Mais Joyce Carol Oates se remémorera aussi les moments heureux de la vie à deux, félicité dont elle est consciente, et soulignera l'importance, voire même la crucialité de l'amitié dans ces moments si douloureux.

Sans aucune complaisance ni aucun apitoiement à l'égard de la Veuve, ce récit frappe par son intelligence et son honnêteté. La plume si fine de Carol Oates est touchante et criante à la fois, pleine d'une vie presque instinctive, et ce même dans ses élans les plus désespérés.

 

Plus qu'empreint de tristesse, ce récit est pour moi empli d'une force vitale finalement indestructible.

"Si le sens de ma vie et l'amour de ma vie ont disparu, je peux encore trouver de petits trésors dans des déchets épars."


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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 06:19

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Commencer cette lecture dans le train est la meilleure idée que j'aie eue depuis longtemps.
Alors que défilait de l'autre côté de la vitre la banlieue grise et désertée entre Noël et Nouvel An, je découvrais Bombay, Katmandou et Bangkok. Sur les pas d'une jeune fille partie aux Indes comme le disait sa grand-mère; Muriel Cerf a 20 ans en 1970 et une envie tenace de tailler la route. Tous les ingrédients de la machine à fantasmes sont là.
J'ai dévoré ce livre jusqu'à m'en écœurer: dans le train le matin, le soir, et jusque sur l'escalator!

Découvrir le monde, se laisser porter, être la recherche de... ou pas, se surprendre, se laisser surprendre. Se gaver, s'écoeurer, être rassasiée. Recommencer.
L'écriture de Muriel Cerf laisse peu de répit: énumérations, virgules à la pelle, interminables phrases qui laissent à peine le temps de reprendre son souffle et montent à la tête. C'est qu'il y en a des choses à voir et des rencontres à faire, des plats à goûter, des thés à déguster et de la poussière à avaler!

J'avais rarement lu une écriture aussi épidermique, terrienne, presque charnelle dans son rapport aux éléments et aux autres.

Plus qu'un récit initiatique classique, ce récit est une ode à la sensualité et à la spiritualité, un texte vivant, qui ne peut en aucun cas laisser indifférent.

Et donne envie d'à son tour ouvrir les vannes, casser "la cloche de verre sous laquelle [on vit ] à Paris comme une plante, dans la modération du climat, le gris du ciel et l'universelle indifférence", "se faire la malle au nez et à la barbe des Gens Normaux" pour mieux "réussir un coup d'arnaque, une belle petite escroquerie à l'ennui, à la médiocrité et à la vie de chien en général."

 

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:12

Lectrice de poésie depuis peu, lectrice du dimanche plutôt car la poésie embellit ces après-midi d'hiver, je n'avais pas été touchée de la sorte jusqu'à la lecture d'Ariel.

L'écriture de Sylvia Plath est à vif, crue, violente et sans pitié, ses vers tendus et désespérés. Abeilles, reines et déesses, fleurs voraces, prédateurs, carnivores, autant de créatures mystiques qui se débattent à la lumière d'une aurore blanche et froide. L'angoisse affleure sous la poésie; certains poèmes furent écrits quelques jours à peine avant que Sylvia Plath ne se donne la mort.

Ces poèmes ne sont pas de ceux qui adoucissent les fins d'après-midis.

Ariel ne laisse pas indemne, il vous retourne, vous interpelle, vous malmène, mais surtout vous rappelle que vous êtes en vie.

 

 

"C'est donc cela, la mer, cette immensité hors d'usage.

Le cataplasme du soleil ne peut rien contre ma brûlure.

 

Dans l'air fusent les couleurs électriques de sorbets

Puisées dans la glace par les mains gercées de filles blêmes.

 

Pourquoi est-ce si calme, que veut-on nous cacher?

J'ai mes deux jambes et le sourire pour avancer."

 

5.jpg

 

(premiers vers de Berck-plage)


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 06:09

photo-copie-8Ann et Willie forment "le couple idéal" de Hollywood, fruit d'une mise en sène peaufinée avec la complicité des producteurs et journalistes.

En réalité, Willie aime désespérément Ann, dont il a fait une vedette; et pour celle-ci ce mariage est juste "une signature de plus sur un papier où, pour une fois, et à part la date, aucun chiffre ne figurait." Depuis Willie vit dans la crainte maladive (au sens propre, crises d'asthme et d'urticaire allant de pair avec son anxiété perpétuelle) qu'elle rencontre l'amour, celui qui lui permettrait de sortir d'elle-même et de faire voler en éclats sa cage hollywoodienne. Ce qui ne manquera pas d'arriver...

Les clowns lyriques est mon premier Romain Gary, et ce fut une telle découverte que je n'en ai pas d'abord saisi toute la portée.

L'amour beau car éphémère ("l'amour n'est peut-être à ses débuts hésitants que deux rêves d'amour qui se ménagent"), la force libératrice du burlesque à travers Willie, clown blanc malgré lui ("Willie enfin heureux, ce ne serait plus du tout drôle"), un monde de l'après-guerre "rongé par sa réalité" (blocus de Berlin, camps sibériens, guerre en Corée...)... Autant de facettes de ce roman dont je prends la pleine mesure aujourd'hui, quelques temps après sa lecture, toute éblouie que j'étais par ma découverte de Gary.

Sèche et entière, tendre et ironique, lucide, parfois désespérée, si humaine finalement, son écriture m'a touchée à vif:

 

"Se libérer du monde et de soi-même par la bouffonnerie [...], dans cette dimension où l'on peut tout désamorcer par le burlesque et tomber de la lune sur la terre sans se faire une bosse."


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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 06:16

1367343.jpgSi j'écoute religieusement Le Masque et la Plume chaque semaine, je n'avais jusqu'ici lu aucun livre de son producteur, Jérôme Garcin.

Retard (en partie) rattrapé aujourd'hui avec la lecture d'Olivier, dont la récente sortie en poche est enrichie d'une postface inédite de l'auteur.

Dans ce récit, Jérôme Garcin revient sur la perte de son frère jumeau fauché par une voiture à l'âge de 6 ans, essaie de comprendre dans quelle mesure cette mort a influencé sa vie, et s'interroge sur la gémellité, textes scientifiques et littéraires à l'appui.

Plus qu'un récit, ce texte est une lettre ouverte au jumeau dont le manque se fait toujours sentir en dépit des années, à l'absence qui n'aura pas connu la perte du père (le père de Jérôme Garcin est mort une dizaine d'années plus tard à l'âge de quarante-cinq ans), à l'éternel enfant dont on ne peut s'empêcher d'imaginer ce qu'il serait devenu, ce qu'il aurait dit ou pensé dans certaines situations.

Au-delà de ces interrogations existentielles ("M'as-tu, en disparaissant si tôt, permis de vivre plus, de réussir mieux?") et de ces réflexions sur le fonctionnement des jumeaux qui m'ont vraiment intéressée, j'ai aimé le portrait parallèle de l'auteur, ses tranches de vie qu'il raconte si justement.

La prise de conscience de la perte, l'apprentissage de la vie sans jumeau puis sans père, sa gravité de jeune étudiant préfèrant la compagnie de vieux écrivains aux jeunes de son âge, son amour pour le cheval qui "offre une récréation aux tourments ordinaires", la famille qu'il s'est construit et qu'il chérit, son amour des livres ("la bibliothèque de Bray devint ma seconde maison, mes vacances perpétuelles, mon île au trésor, mon horizon et ma revanche triomphale sur le monde réel"), sa passion pour son métier...

Autant de pans de sa vie évoqués sous sa plume juste et sensible, qui nous rappelle l' "incroyable pouvoir de la littérature, qui à la fois prolonge la vie des disparus et empêche les vivants de disparaître".

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 06:28

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Je l'ai lu d'une traite.

Dans le train chaque matin, dans mon lit chaque soir, le train entrait toujours trop vite en gare, mes yeux se fermaient beaucoup trop tôt... déjà; il fallait le refermer.

Et durant les minutes qui suivaient, penser sans cesse à ces voix de femmes qui content leurs destins brisés; un pan de l'histoire dont j'ignorais tout jusqu'alors.

Ces japonaises, auxquelles Julie Otsuka donne enfin la parole, ont quitté leur terre natale pour les Etats-Unis où les attend un avenir meilleur, promis par de brillants fiancés partis du Japon quelques années auparavant pour trouver le succès sur cette terre promise. Succès qui n'aura jamais existé que dans les lettres précédant la conclusion de ces mariages arrangés.

A l'arrivée la confrontation avec la réalité sera pénible. Au lieu de la prospérité promise, une vie de labeur, de résignation, d'humiliations... jusqu'à la disparition, pendant la Seconde Guerre Mondiale, de ces japonais soupçonnés de comploter contre leur pays d'adoption.

Dès la première page, on est emporté par ces voix de femmes qui rapportent l'horreur ordinaire et la misère quotidienne, de la traversée du Pacifique au départ pour l'inconnu, en passant par la première nuit, les accouchements, les récoltes, les enfants, les incivilités et outrages dont elles sont doublement victimes (en tant que femmes et en tant que japonaises) dans ce pays qui se montre plus intolérant qu'accueillant, quand il ne leur témoigne pas le racisme le plus violent.

En rassemblant toutes ces voix en une seule, en faisant de ces destinées singulières un choeur collectif, Julie Otsuka décuple leur force et leur portée.

Ce texte poétique et beau a quelque chose d'envoûtant, comme une litanie sans fin, dont on ne peut taire l'écho qu'il fait naître en nous.

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 06:30

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Ce que j'ai aimé être emportée au Bonheur des Dames!

Longtemps impressionnée et rebutée par l'ampleur de Zola, je l'ai découvert sur le tard.

(mais avec une passion certaine)

(et puis après tout, mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas?

(267 ans est sans doute l'âge parfait pour se lancer dans Zola)

Depuis mon petit tour du côté des impressionnistes (et de l'inévitable détour par la librairie qui s'ensuivit), impossible de résister à son appel! D'autant plus que les chiffons, c'est mon affaire, et l'essor des grands magasins à cette époque aussi depuis l'excellent docu-fiction diffusé sur Arte l'année dernière.

J'ai aussitôt été emportée par le rythme effréné que Zola insuffle à son récit, à la fois prouesse littéraire, reflet d'une époque (et donc scrupuleusement documenté; pour une fois les notes de bas de page ne m'ont pas ennuyée) et romanesque épopée. Les descriptions foisonnantes (et jamais barbantes), la peinture quasi chirurgicale des moeurs humaines (qu'il s'agisse d'amour ou d'ambition), les rebondissements successifs, nous entraînent dans le tourbillon fiévreux du Bonheur des Dames, révélateur et provocateur de terribles passions.

En plus de ces qualités narratives et littéraires, j'ai été frappée par sa modernité. La folie consumériste que dépeint Zola est encore bel et bien d'actualité aujourd'hui, ainsi que les stratégies de vente mises en place par les patrons visionnaires du XIXème.

 

Vivement mon prochain Zola (je pense m'attaquer au Ventre de Paris ou à Nana); Rougon-Macquart, me voilà!

 

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 07:13

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Moi qui ai plutôt de douloureux souvenirs de musique,

(un joli combo terribles cours de solfège/oraux stressants/professeurs tout sauf pédagogues qui a eu raison de mon intérêt pour la musique)

(mais qui m'a permis de briller en flûte à bec au collège)

(l'honneur était sauf)

j'ai dévoré ce livre avec un plaisir croissant, happée par le destin de Claude, wunderkind puis interprète et compositeur de génie, et par les différentes étapes qui vont jalonner son passage à l'âge adulte et son irrésistible ascension.

Irrésisitible car Claude a un véritable don, et aussi la chance de son côté. Béni des dieux, il fera les bonnes rencontres aux bons moments.

Au-delà de ce destin hors normes, c'est le tableau de l'Amérique d'après guerre que dresse Frank Conroy: un pays où la paranoïa et la chasse aux sorcières font partie intégrante de la vie, où la ségrégation est omniprésente et le mélange des classes une chimère. Et à travers ce pays le portrait de New York en pleine mutation, en proie à d'importants travaux de "modernisation". Difficile cependant pour nous, pauvres humains du XXIème siècle à qui NY évoque les films de Woody Allen et les séries américaines, d'imaginer ce qu'était vraiment la ville à cette époque.

Mais tout cela serait bancal et froid sans les protagonistes de l'histoire. Claude d'abord, auquel on s'attache rapidement sans aucun sentimentalisme, M.Weisfeld bien sûr, Fredericks, Catherine, Lady... jusqu'aux personnages de second plan comme Peter qui fait froid dans le dos ou la piquante Eva qui va déniaiser le jeune prodige. Peu importe finalement que certaines ficelles soient un peu épaisses (on se croirait parfois au cinéma)!

Et si l'écriture de Conroy est somme toute assez simple (mais efficace), elle sort de ses gonds dès qu'il s'agit de musique à proprement parler! Je ne suis pas une professionnelle, mais il m'a semblé qu'il avait justement dépeint ce que peuvent ressentir les artistes d'un tel niveau (les murs auxquels ils se heurtent avant de les dépasser, leurs moments de grâce, de blues), réussissant même à me passionner pour la technique de la musique!

J'ai refermé ce livre à contre-coeur, forcée de quitter bien malgré moi le magasin de musique et son studio, les universités d'été et Carnegie Hall, mais avec l'envie de (re)découvrir les oeuvres évoquées avec mon oreille toute neuve.

 

 

 

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