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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 06:19

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Commencer cette lecture dans le train est la meilleure idée que j'aie eue depuis longtemps.
Alors que défilait de l'autre côté de la vitre la banlieue grise et désertée entre Noël et Nouvel An, je découvrais Bombay, Katmandou et Bangkok. Sur les pas d'une jeune fille partie aux Indes comme le disait sa grand-mère; Muriel Cerf a 20 ans en 1970 et une envie tenace de tailler la route. Tous les ingrédients de la machine à fantasmes sont là.
J'ai dévoré ce livre jusqu'à m'en écœurer: dans le train le matin, le soir, et jusque sur l'escalator!

Découvrir le monde, se laisser porter, être la recherche de... ou pas, se surprendre, se laisser surprendre. Se gaver, s'écoeurer, être rassasiée. Recommencer.
L'écriture de Muriel Cerf laisse peu de répit: énumérations, virgules à la pelle, interminables phrases qui laissent à peine le temps de reprendre son souffle et montent à la tête. C'est qu'il y en a des choses à voir et des rencontres à faire, des plats à goûter, des thés à déguster et de la poussière à avaler!

J'avais rarement lu une écriture aussi épidermique, terrienne, presque charnelle dans son rapport aux éléments et aux autres.

Plus qu'un récit initiatique classique, ce récit est une ode à la sensualité et à la spiritualité, un texte vivant, qui ne peut en aucun cas laisser indifférent.

Et donne envie d'à son tour ouvrir les vannes, casser "la cloche de verre sous laquelle [on vit ] à Paris comme une plante, dans la modération du climat, le gris du ciel et l'universelle indifférence", "se faire la malle au nez et à la barbe des Gens Normaux" pour mieux "réussir un coup d'arnaque, une belle petite escroquerie à l'ennui, à la médiocrité et à la vie de chien en général."

 

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4 janvier 2013 5 04 /01 /janvier /2013 06:12

Lectrice de poésie depuis peu, lectrice du dimanche plutôt car la poésie embellit ces après-midi d'hiver, je n'avais pas été touchée de la sorte jusqu'à la lecture d'Ariel.

L'écriture de Sylvia Plath est à vif, crue, violente et sans pitié, ses vers tendus et désespérés. Abeilles, reines et déesses, fleurs voraces, prédateurs, carnivores, autant de créatures mystiques qui se débattent à la lumière d'une aurore blanche et froide. L'angoisse affleure sous la poésie; certains poèmes furent écrits quelques jours à peine avant que Sylvia Plath ne se donne la mort.

Ces poèmes ne sont pas de ceux qui adoucissent les fins d'après-midis.

Ariel ne laisse pas indemne, il vous retourne, vous interpelle, vous malmène, mais surtout vous rappelle que vous êtes en vie.

 

 

"C'est donc cela, la mer, cette immensité hors d'usage.

Le cataplasme du soleil ne peut rien contre ma brûlure.

 

Dans l'air fusent les couleurs électriques de sorbets

Puisées dans la glace par les mains gercées de filles blêmes.

 

Pourquoi est-ce si calme, que veut-on nous cacher?

J'ai mes deux jambes et le sourire pour avancer."

 

5.jpg

 

(premiers vers de Berck-plage)


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18 décembre 2012 2 18 /12 /décembre /2012 06:09

photo-copie-8Ann et Willie forment "le couple idéal" de Hollywood, fruit d'une mise en sène peaufinée avec la complicité des producteurs et journalistes.

En réalité, Willie aime désespérément Ann, dont il a fait une vedette; et pour celle-ci ce mariage est juste "une signature de plus sur un papier où, pour une fois, et à part la date, aucun chiffre ne figurait." Depuis Willie vit dans la crainte maladive (au sens propre, crises d'asthme et d'urticaire allant de pair avec son anxiété perpétuelle) qu'elle rencontre l'amour, celui qui lui permettrait de sortir d'elle-même et de faire voler en éclats sa cage hollywoodienne. Ce qui ne manquera pas d'arriver...

Les clowns lyriques est mon premier Romain Gary, et ce fut une telle découverte que je n'en ai pas d'abord saisi toute la portée.

L'amour beau car éphémère ("l'amour n'est peut-être à ses débuts hésitants que deux rêves d'amour qui se ménagent"), la force libératrice du burlesque à travers Willie, clown blanc malgré lui ("Willie enfin heureux, ce ne serait plus du tout drôle"), un monde de l'après-guerre "rongé par sa réalité" (blocus de Berlin, camps sibériens, guerre en Corée...)... Autant de facettes de ce roman dont je prends la pleine mesure aujourd'hui, quelques temps après sa lecture, toute éblouie que j'étais par ma découverte de Gary.

Sèche et entière, tendre et ironique, lucide, parfois désespérée, si humaine finalement, son écriture m'a touchée à vif:

 

"Se libérer du monde et de soi-même par la bouffonnerie [...], dans cette dimension où l'on peut tout désamorcer par le burlesque et tomber de la lune sur la terre sans se faire une bosse."


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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 06:16

1367343.jpgSi j'écoute religieusement Le Masque et la Plume chaque semaine, je n'avais jusqu'ici lu aucun livre de son producteur, Jérôme Garcin.

Retard (en partie) rattrapé aujourd'hui avec la lecture d'Olivier, dont la récente sortie en poche est enrichie d'une postface inédite de l'auteur.

Dans ce récit, Jérôme Garcin revient sur la perte de son frère jumeau fauché par une voiture à l'âge de 6 ans, essaie de comprendre dans quelle mesure cette mort a influencé sa vie, et s'interroge sur la gémellité, textes scientifiques et littéraires à l'appui.

Plus qu'un récit, ce texte est une lettre ouverte au jumeau dont le manque se fait toujours sentir en dépit des années, à l'absence qui n'aura pas connu la perte du père (le père de Jérôme Garcin est mort une dizaine d'années plus tard à l'âge de quarante-cinq ans), à l'éternel enfant dont on ne peut s'empêcher d'imaginer ce qu'il serait devenu, ce qu'il aurait dit ou pensé dans certaines situations.

Au-delà de ces interrogations existentielles ("M'as-tu, en disparaissant si tôt, permis de vivre plus, de réussir mieux?") et de ces réflexions sur le fonctionnement des jumeaux qui m'ont vraiment intéressée, j'ai aimé le portrait parallèle de l'auteur, ses tranches de vie qu'il raconte si justement.

La prise de conscience de la perte, l'apprentissage de la vie sans jumeau puis sans père, sa gravité de jeune étudiant préfèrant la compagnie de vieux écrivains aux jeunes de son âge, son amour pour le cheval qui "offre une récréation aux tourments ordinaires", la famille qu'il s'est construit et qu'il chérit, son amour des livres ("la bibliothèque de Bray devint ma seconde maison, mes vacances perpétuelles, mon île au trésor, mon horizon et ma revanche triomphale sur le monde réel"), sa passion pour son métier...

Autant de pans de sa vie évoqués sous sa plume juste et sensible, qui nous rappelle l' "incroyable pouvoir de la littérature, qui à la fois prolonge la vie des disparus et empêche les vivants de disparaître".

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 06:28

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Je l'ai lu d'une traite.

Dans le train chaque matin, dans mon lit chaque soir, le train entrait toujours trop vite en gare, mes yeux se fermaient beaucoup trop tôt... déjà; il fallait le refermer.

Et durant les minutes qui suivaient, penser sans cesse à ces voix de femmes qui content leurs destins brisés; un pan de l'histoire dont j'ignorais tout jusqu'alors.

Ces japonaises, auxquelles Julie Otsuka donne enfin la parole, ont quitté leur terre natale pour les Etats-Unis où les attend un avenir meilleur, promis par de brillants fiancés partis du Japon quelques années auparavant pour trouver le succès sur cette terre promise. Succès qui n'aura jamais existé que dans les lettres précédant la conclusion de ces mariages arrangés.

A l'arrivée la confrontation avec la réalité sera pénible. Au lieu de la prospérité promise, une vie de labeur, de résignation, d'humiliations... jusqu'à la disparition, pendant la Seconde Guerre Mondiale, de ces japonais soupçonnés de comploter contre leur pays d'adoption.

Dès la première page, on est emporté par ces voix de femmes qui rapportent l'horreur ordinaire et la misère quotidienne, de la traversée du Pacifique au départ pour l'inconnu, en passant par la première nuit, les accouchements, les récoltes, les enfants, les incivilités et outrages dont elles sont doublement victimes (en tant que femmes et en tant que japonaises) dans ce pays qui se montre plus intolérant qu'accueillant, quand il ne leur témoigne pas le racisme le plus violent.

En rassemblant toutes ces voix en une seule, en faisant de ces destinées singulières un choeur collectif, Julie Otsuka décuple leur force et leur portée.

Ce texte poétique et beau a quelque chose d'envoûtant, comme une litanie sans fin, dont on ne peut taire l'écho qu'il fait naître en nous.

 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 06:30

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Ce que j'ai aimé être emportée au Bonheur des Dames!

Longtemps impressionnée et rebutée par l'ampleur de Zola, je l'ai découvert sur le tard.

(mais avec une passion certaine)

(et puis après tout, mieux vaut tard que jamais, n'est-ce pas?

(267 ans est sans doute l'âge parfait pour se lancer dans Zola)

Depuis mon petit tour du côté des impressionnistes (et de l'inévitable détour par la librairie qui s'ensuivit), impossible de résister à son appel! D'autant plus que les chiffons, c'est mon affaire, et l'essor des grands magasins à cette époque aussi depuis l'excellent docu-fiction diffusé sur Arte l'année dernière.

J'ai aussitôt été emportée par le rythme effréné que Zola insuffle à son récit, à la fois prouesse littéraire, reflet d'une époque (et donc scrupuleusement documenté; pour une fois les notes de bas de page ne m'ont pas ennuyée) et romanesque épopée. Les descriptions foisonnantes (et jamais barbantes), la peinture quasi chirurgicale des moeurs humaines (qu'il s'agisse d'amour ou d'ambition), les rebondissements successifs, nous entraînent dans le tourbillon fiévreux du Bonheur des Dames, révélateur et provocateur de terribles passions.

En plus de ces qualités narratives et littéraires, j'ai été frappée par sa modernité. La folie consumériste que dépeint Zola est encore bel et bien d'actualité aujourd'hui, ainsi que les stratégies de vente mises en place par les patrons visionnaires du XIXème.

 

Vivement mon prochain Zola (je pense m'attaquer au Ventre de Paris ou à Nana); Rougon-Macquart, me voilà!

 

 

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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 07:13

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Moi qui ai plutôt de douloureux souvenirs de musique,

(un joli combo terribles cours de solfège/oraux stressants/professeurs tout sauf pédagogues qui a eu raison de mon intérêt pour la musique)

(mais qui m'a permis de briller en flûte à bec au collège)

(l'honneur était sauf)

j'ai dévoré ce livre avec un plaisir croissant, happée par le destin de Claude, wunderkind puis interprète et compositeur de génie, et par les différentes étapes qui vont jalonner son passage à l'âge adulte et son irrésistible ascension.

Irrésisitible car Claude a un véritable don, et aussi la chance de son côté. Béni des dieux, il fera les bonnes rencontres aux bons moments.

Au-delà de ce destin hors normes, c'est le tableau de l'Amérique d'après guerre que dresse Frank Conroy: un pays où la paranoïa et la chasse aux sorcières font partie intégrante de la vie, où la ségrégation est omniprésente et le mélange des classes une chimère. Et à travers ce pays le portrait de New York en pleine mutation, en proie à d'importants travaux de "modernisation". Difficile cependant pour nous, pauvres humains du XXIème siècle à qui NY évoque les films de Woody Allen et les séries américaines, d'imaginer ce qu'était vraiment la ville à cette époque.

Mais tout cela serait bancal et froid sans les protagonistes de l'histoire. Claude d'abord, auquel on s'attache rapidement sans aucun sentimentalisme, M.Weisfeld bien sûr, Fredericks, Catherine, Lady... jusqu'aux personnages de second plan comme Peter qui fait froid dans le dos ou la piquante Eva qui va déniaiser le jeune prodige. Peu importe finalement que certaines ficelles soient un peu épaisses (on se croirait parfois au cinéma)!

Et si l'écriture de Conroy est somme toute assez simple (mais efficace), elle sort de ses gonds dès qu'il s'agit de musique à proprement parler! Je ne suis pas une professionnelle, mais il m'a semblé qu'il avait justement dépeint ce que peuvent ressentir les artistes d'un tel niveau (les murs auxquels ils se heurtent avant de les dépasser, leurs moments de grâce, de blues), réussissant même à me passionner pour la technique de la musique!

J'ai refermé ce livre à contre-coeur, forcée de quitter bien malgré moi le magasin de musique et son studio, les universités d'été et Carnegie Hall, mais avec l'envie de (re)découvrir les oeuvres évoquées avec mon oreille toute neuve.

 

 

 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 07:49

Fernandez---course-a-l-abime.jpg

 

Si je connaissais la peinture du Caravage, je ne connaissais pas le personnage. J'ai toujours une fâcheuse tendance à imaginer les hommes du passé en de gentils bonshommes vêtus de costumes d'époque.

(ambiance son&lumière)

(allez savoir pourquoi...)

(cette tendance désespérante est malheureusement tenace, la garce)

 

J'ai donc été successivement surprise et piquée par la vie tourmentée et mouvementée du Caravage en regardant un documentaire sur Arte.

Quel mauvais garçon! Il ne pouvait que m'intéresser davantage.

(éternel fantasme du bad boy)

(figure incontournable de ma mythologie personnelle)

(tout ça c'est à cause de Dylan, c'est avec lui que tout a commencé)

 

Je vis ensuite l'exposition de Montpellier, et entamai dans la foulée le roman de Dominique Fernandez.

J'ai lu ce pavé (786 pages tout de même!) assez rapidement, même si les dernières pages me demandèrent plus d'efforts que les premières.

Au début j'étais totalement captivée: le pouvoir d'attraction de l'Italie, une période de l'histoire italienne que je ne connaissais pas (j'ai quand même passé quelques heures sur wikipedia pour combler mes lacunes), les moeurs d'une autre époque, la contre-réforme, les jeux politiques des différents partis... j'apprenais, je voyageais, fascinée, emportée.

Puis j'ai commencé à avoir quelques réserves, essentiellement sur les relations sentimentales que Fernandez prête au Caravage. Si j'ai trouvé assez intéressant le récit imaginé de l'enfance de Michelangelo Merisi (à part quelques pages faciles sur son rapport au père... un peu trop capillotractées à mon goût), son éveil aux sens et sa découverte de la sexualité, ses liaisons supposées avec Mario, puis Gregorio, ne m'ont pas du tout convaincue. Ces relations m'ont semblé manquer de naturel et de crédibilité (surtout les horripilants rituels de Mario; quant à leur mot de passe... ahem), et déservent même le roman par moments. Leur artificialité a pris de plus en plus de place dans ma lecture, et a presque gâché mon plaisir dans le dernier tiers.

Je ne suis pas contre la spéculation et l'imagination, mais j'ai trouvé qu'ici le trait s'épaisissait au fil du récit, me poussant à en finir au plus vite.

L'auteur est érudit, c'est certain, et si je ne regrette pas cette lecture qui m'a enrichie à plusieurs égards, j'aurais préféré qu'Oates s'empare de ce fascinant personnage qu'est le Caravage!

Cela aurait été autrement captivant.

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 07:30

la-ferme-africaine_couv.jpg

 

Dès les premières lignes j'ai su que ce livre allait me plaire.

"J'ai possédé une ferme en Afrique, au pied du Ngong."

 

Je n'ai pas vu le film de Sidney Pollack,

(!)

(je sais)

(je crois pourtant me rappeler que ma mère m'avait rapporté la VHS de la bibliothèque mais elle n'avait pas dû trouver grâce à mes yeux)

(je devais être dans ce bel âge âge où les Spice Girls et DiCaprio possèdent un attrait aussi irrépressible qu'irrationnel)

(sans commentaire)

(le mal sera bientôt réparé)

et étais donc libérée de toute influence ou presque, difficile tout de même de ne pas penser à Meryl Streep et Robert Redford.

 

Je m'attendais à une histoire d'amour mythique sur fond de savane et d'exotisme; il n'en fut rien.

Mais ce fut beaucoup mieux.

J'ai découvert un pays que je ne connaissais pas, histoires et des peuples inédits. 

 

Les différentes mentalités des peuples qui cohabitent ensemble: Kikuyus, Somalis, Indiens et colons anglais, belges et nordiques. La mentalité glaçante de certains ("Il faut enseigner aux indigènes à être honnêtes et à travailler. Rien de plus."). Les conflits d'intérêt entre les différentes missions chrétiennes.

Autant de péripéties humaines que l'auteure passe au crible, faisant preuve d'un regard plein d'acuité et de finesse.

 

Regard qui se fait plus sensuel lorsqu'elle évoque la nature.

Une nature dont la suprématie ne peut être remise en question, une nature reine, théâtre des scènes les plus cruelles comme des plus belles.

"Tout, dans cette nature, tendait vers la majesté, la liberté et la noblesse."

Les lions, les girafes et les zèbres; le ballet des grues et les troupeaux de buffles; les champs d'aubépines, les acacias, les ciels étoilés.

Les montagnes du Ngong et la vue sur le Kilimandjaro.

Les sécheresses impitoyables et les invasions de sauterelles dévastatrices, la pluie si attendue que c'est "comme de retrouver la mer après en avoir été longtemps privé, comme l'étreinte d'un amant."

Nous qui vivons sous des cieux plus gris et plus humides, qui piétinons l'asphalte chaque jour, comment ne pas succomber à cette nature si colorée, pleine, et si vivante que décrit Karen Blixen?

 

La narratrice ne s'épanche pas sur son mari ni sur son passé; elle est avant tout la maîtresse de sa ferme, celle que les Kikuyus appellent Msabu.

Une femme singulière, au destin hors normes qui m'a totalement séduite par sa sagacité, son intelligence et sa capacité à ne jamais renoncer.

Une femme riche d'amitiés particulières, qu'elle décrit si finement et avec justesse, comme ses relations avec ses animaux: ses chiens, Lullu l'antilope, son cheval... Rares sont ceux qui parviennent à décrire la relation à l'animal de manière aussi vraie, sans mièvrerie aucune.

Une femme dont l'attachement à la littérature ne pouvait me laisser insensible. Outre de nombreuses citations (que je n'ai pas toujours réussi à identifier), j'ai beaucoup aimé ces quelques lignes:

"Dans une colonie, les livres jouent un rôle tout autre qu'en Europe. Ils prennent seuls en charge un aspect entier de votre vie et, à cause de cela, et en fonction de leur qualité, on ressent à leur égard une gratitude ou un énervement plus intense que dans des pays civilisés. Les personnages de fiction sortent des livres, courent à côté de votre cheval à la ferme, ou marchent paisiblement dans les champs de maïs."

 

C'est à contrecoeur et maudissant le destin que j'ai moi aussi fait mes adieux à la ferme et aux Ngong Hills.

"Leurs contours furent lentement lissés et effacés par la distance."

 

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13 août 2012 1 13 /08 /août /2012 07:45

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Un texte aussi court qu'il est fort, dévoré en une soirée. Impossible en effet de l'abandonner une fois qu'on l'a commencé.

(il faut dire aussi que libérée de Texaco, je me sentais pousser des ailes)

Au travers d'une longue lettre qu'une femme n'enverra pas à son ancien amant, Marcelle Sauvageot décrit et décortique la mécanique de l'amour, ses illusions, ses méprises et ses paradoxes...

Cela aurait pu être ennuyeux, redondant, voire même poussif, et finalement c'est tout le contraire.

 

Au-delà de sa propre histoire, la narratrice se livre à de véritables réflexions sur l'amour, qui ne manqueront pas de trouver un écho chez le lecteur:

"Aimer, c'est pour l'un conquérir, pour l'autre, se soumettre... et tout le reste reçoit les noms vagues d'amitié, affection, dévouement...? Dois-je douter de l'amour ou de vous?"

 

L'écriture de Marcelle Sauvageot est juste et précise, d'une lucidité salvatrice, et caustique:

"Nous nous dirons nos projets au moment où ils se réaliseront, afin de vexer un peu l'autre et de ne pas subir sa commisération en cas d'échec; nous prétendrons être ce que nous croyons être et non pas ce que nous sommes; nous nous dirons beaucoup de "merci", "excusez-moi", des mots aimables que l'on dit sans penser. Nous serons des amis. Croyez-vous que ce soit nécessaire?"

 

Quel délice que ce passage où elle s'insurge contre les hommes qui s'éprennent de femmes indépendantes, et dont l' "instinct de domination" pousseront celles-ci vers la soumission, par peur du qu'en-dira-t-on et désir de conformité.

"Faut-il vraiment devenir ainsi et ne peut-on penser qu'avec les idées du mari? [...] je m'ennuie tellement avec toutes ces femmes qui parlent de leur mari!"

 

Loin de la sensiblerie, cette femme abandonnée conserve malgré son chagrin une force et une combattivité (alors qu'elle est en même temps très malade) qui vont s'accroître tout au long du récit.

Jusqu'aux dernières pages pleines de promesses.

 

La vie reprend ses droits.

"Danser, c'est le rythme de vie le plus heureux; danser quand on croyait ne plus le faire, c'est une victoire gagnée."

 

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