
Deux heures.
Deux heures après avoir quitté la salle de cinéma, je ne trouvais toujours pas les mots pour décrire mes sentiments.
Le plus vieux métier du monde.
L'argent.
Les carcans.
La solidarité.
La solitude.
Le temps qui passe.
La misère des hommes.
Le courage des femmes.
La famille.
Le choix.
La liberté.
Une claque.
Voilà tout ce qui me trotte dans la tête depuis que j'ai vu Much Loved.
Depuis que j'ai reconnu ces artères empruntées la nuit, en taxi, ces clubs, assourdissants, ces meutes de vieux européens affamés, ces filles que j'ai croisées, maquillées, apprêtées - mon rouge à moi me paraissait si léger; j'avais la chance d'être de l'autre côté.
Du côté de celles qui ont le choix, du côté de celles qui peuvent aller où bon leur semble quand ça leur chante, du côté de celles qui sont libres sans jamais le savoir assez.
Du quotidien des filles de Much Loved, j'aimerais pouvoir retenir leur amitié, leur solidarité, leur amour, leurs plaisanteries, leur folle énergie, leur instinct de vie, mais cela ne va pas sans les sordides désirs sexuels de certains clients, l'argent roi et la corruption à tous les étages.
Aucun misérabilisme cependant, comme à l'inverse aucune idéalisation ni embellie d'un quotidien (le classique de la pute au grand cœur), c'est ce qui fait la force de ce film, ça et la vie à toute épreuve, servie par des interprètes hors normes – surtout Loubn Abidar (qui interprète avec feu le personnage de Noha) qui porte le film à bout de bras.
Une belle et salutaire claque d'humanité.