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Les humeurs de Violette
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Mon traître

Mon traître

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Peut-être à cause de son titre, ou à cause de Belfast, peut-être encore à cause de la note manuscrite de cette magique librairie cévenole; un mélange de tout cela sans doute a précipité mon choix, a assuré ma main lorsqu'elle s'est saisie de ce livre.

Antoine est luthier. « Une vie de silence et de bois », une vie qui pour certains semblerait austère et grise, une vie entre son atelier, Paris et l'Irlande - ce pays dont il a commencé par visiter le sud, plusieurs fois, s'est un jour invité dans son atelier, dans ses copeaux, et l'a poussé vers le nord, vers Belfast, là où les émeutes grondent.
Le « luthier de Paris, le silencieux, celui qui vient ici pour partager le temps » se fait adopter par ces catholiques qui luttent pour exister, leurs vies entières comme celles de leurs enfants, vouées à une liberté qui n'a de cesse de leur échapper.
Antoine a pour ce pays un amour viscéral - un amour qui s'épanouira dans les amitiés qu'il y nouera. Jim, Cathy, Sheila, et bien sûr Tyrone, le traître du titre, qu'Antoine nous présente ainsi dès la première page.

Comprendra-t-on pour autant ce qui est arrivé à cet homme, vétéran respecté des siens, « ceux que célèbrent les chansons rebelles » ?
Non.
A-t-on vraiment envie de savoir ? Peut-on véritablement comprendre ?
Je n'en suis pas certaine.

En revanche cette amitié si forte et touchante entre Antoine et Tyrone, la beauté râpeuse de cette Irlande en guerre, les rues de Belfast parcourues par les chars, où les couleurs des fresques rebelles sont rehaussées en cachette, régulièrement, pour mieux narguer les britanniques, la foi de ce peuple résistant, ces vies précaires, le feu qui consume Antoine, devenu Tony, jusqu'à Paris, continueront de venir se superposer à mes propres souvenirs de Belfast, à l'arrière d'une voiture protestante, mes yeux d'adolescente fascinés par les fresques colorées, souhaitant que la voiture ralentisse pour étancher ma curiosité.