Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Les humeurs de Violette
Les humeurs de Violette
Menu
Carré 35

Carré 35

 

Eric Caravaca a grandi avec un fantôme dont il ne découvre véritablement l'existence qu'à l'âge adulte, après la naissance de son propre fils.
Commence alors une véritable enquête, d'interview de ses parents à l'examen de leurs passeports, de la banlieue parisienne au Maroc où ses parents sont nés et ont vécu jusque dans les années 60.
Casablanca donne évidemment une couleur particulière, un parfum d'ailleurs, mais c'est aussi un sens de la narration évident qui fait la force du très beau récit que nous rapporte Eric Caravaca - un passé familial qui s'inscrit dans l'Histoire.

On a l'habitude des récits mêlant petite et grande Histoire, mais dans Carré 35 le procédé est saisissant. Les images d'archives historiques et personnelles se mêlent habilement aux plans contemporains plus cinématographiques, mais le film ne se contente pas d'imbriquer la première dans la seconde. Il rapproche les mécanismes de la mémoire, ou plutôt d'enfouissement, de refoulement de la mémoire, dans une tentative aveugle et vaine de mieux appréhender l'avenir.
Entre cette mère qui fait table rase du passé, brûlant et taisant tous ses souvenirs, et les pages blanches de l'Histoire de la décolonisation - qu'elle vit directement d'ailleurs, de Casablanca à Alger - les similitudes sont troublantes. Reflet d'une époque, peut-être, où l'on sous-estime le pouvoir de la parole, où l'on préfère le silence aux explications.

Il y a dans Carré 35 comme dans tous les récits familiaux quelque chose qui touche à l'universel.
Il y a ces questionnements d'un fils à un père taiseux, à une mère qui passa sa vie à se réinventer pour oublier ses tourments passés.
Il y a le poids des inconscients qui infusent d'une génération à une autre, des souvenirs qui ne laissent pas en paix. 
Une histoire qui finalement nous concerne tous et bouleverse.