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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 09:54

 

 

A Monterey, banlieue friquée de la Silicon Valley, des itinéraires de femmes qui se croisent, se rencontrent, se soutiennent, se heurtent aussi, parfois. Au second plan, une intrigue policière dont la victime et l'assassin ne seront révélés qu'au dernier épisode.

 
Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous. Le lisse est toujours plus rugueux qu'il n'en a l'air, le laid se cache souvent le beau, les aspérités sous la perfection... En plus la fin se laisse deviner bien avant le dernier épisode.
 
Et pourtant.
 
Peu importe que rien ne soit vraiment nouveau; le regard posé dessus l'est.
La tension monte, l'étouffement aussi, intensifiés par la répétition implacable d'un quotidien qui accable les personnages. Ballet de la dépose des enfants à l'école, footing de Jane, café du matin... Une mécanique bien huilée dont la perfection est exacerbée par la beauté des décors (qu'il s'agisse de la nature comme des maisons des personnages), des acteurs, par l'esthétique des plans et du montage intelligent.
Ce monde privilégié qui fonctionne en vase clos favorise, comme une formule chimique, la formation de précipités de jalousies, rancoeurs et autres médisances au service du scénario (pour notre plaisir coupable, on doit bien l'avouer).

Au-delà de l'intrigue, cet environnement fermé permet aux personnages féminins de prendre toute leur ampleur. A première vue tout paraît si évident, presque téléphoné, et puis non. Petit à petit chacune se dévoile, dans une complexité rarement autant développée et nuancée dans les fictions.
On comprend au fur et à mesure les renoncements, les compromis de leurs vies de femmes.
 
Serait-ce là le vrai sujet de Big Littles Lies? Des vies de femmes bien réelles, pour qui être mère ne suffit pas, ne suffit plus (oh, le beau réveil de Celeste lorsqu'elle revêt à nouveau son costume de professionnelle!), ou dont les postes à hautes responsabilités soulèvent d'autres questions (le personnage de Renata est de ce point de vue particulièrement intéressant et complexe), des femmes dont les amitiés inconditionnelles sont autant de formes de résistance et d'amour aussi, en un sens.
 
Oui la fin est peut-être un peu trop belle pour être vraie - mais après tout pourquoi pas? On nous a tellement habituées, depuis notre naissance, à envisager toutes les autres comme des rivales, des ennemies, que la sororité nous paraissait jusqu'il y a peu presque suspecte.
 


 
 
 
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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 09:42

 

Aurore a une cinquantaine d'années.
Elle à qui sa mère lui avait dit qu'elle devenait une femme le jour de ses premières règles se demande ce qu'elle est maintenant que celles-ci ont disparu. 

Aurore a des bouffées de chaleur.
Aurore va être grand-mère.
Aurore quitte son travail et peine à en retrouver un autre.

Ne pas se laisser aller, ne pas désespérer, résister à la pression de la société qui préférerait vous voir disparaître.

On n'a pas l'habitude de voir des femmes de plus de cinquante ans sur nos écrans, à l'exception de quelques personnages hors normes incarnés par des actrices impressionnantes ou sublimes.
Et ça fait du bien, de voir une femme de cinquante ans. Normale, pas surhumaine, bien aux prises avec le réel.

Sur le ton de la comédie, ce film ne fait pas montre de trouvailles cinématographiques extraordinaires, mais souligne le talent de Blandine Lenoir à mettre en scène ses acteurs, du premier au dixième rôle, et le regard bienveillant qu'elle porte sur eux. L'air de rien, sous ses dehors légers, Aurore aborde énormément de sujets habituellement absents des écrans: harcèlement de rue, féminisme, sexualité, solidarité féminine (oui, oui, encore, mais après tant d'années où on nous a dressées les unes contre les autres...)... sans qu'on ait l'impression d'une liste dont Blandine Lenoir rayerait les lignes au fur et à mesure - hormis le passage un peu poussif et artificiel sur l'intersectionnalité. Ajoutez à cela des personnages de femmes variés, de tous âges et en dehors des caricatures! Des hommes vulnérables délivrés de leur sacro-sainte virilité... il était temps!

Alors oui, c'est une comédie enlevée, sympathique avec quelques défauts, certains attachants, d'autres moins, certains manques frustrants (la "précarité" d'Aurore trop rapidement évoquée), certaines scènes peu subtiles, un peu trop de bons sentiments à mon goût... autant d'ingrédients qui m'ont plus rappelé certains téléfilms, mais c'est aussi le parti pris de la réalisatrice. Opter pour la comédie reste le meilleur moyen de dédramatiser un propos qui aurait pu être lénifiant, et de faire d'Aurore notre cousine, notre soeur. 

Pour toutes ces raisons, Aurore est un film inspirant et libérateur.
Pourvu qu'il y en ait d'autres!

 

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18 avril 2017 2 18 /04 /avril /2017 09:24

Layla, Salma, des filles comme vous et moi; piercings et maquillage, cigarettes et bières le soir; des filles qu'on imagine libres, à première vue – et surtout vu d'ici.
A première vue à l'opposé de Nour, studieuse, voilée et fiancée.
A première vue, car
le personnage de Nour nous surprend dès le début, loin de se réduire au préjugé facile de "fille voilée/étudiante/coincée" (que partagent aussi au départ Layla et Salma), et est par là emblématique de l'une des intentions de Maysaloun Hamoud: se jouer de nos fameux a priori, donc, pour mieux les envoyer valser.

Layla, Salma, Nour ; trois personnages différents et subtils, nuancés, qui se verront rappeler, chacune à leur tour, leur condition de femme qui se doit de se soumettre aux diktats sociétaux/parentaux/conjugaux (je vous indiquerais volontiers de rayer la mention inutile mais la plupart du temps les trois vont de pair).

Trois voix qui s'élèvent, chacune à leur manière, et qui se soutiennent face à ces parents, amant, fiancé, face à ces autres qui voudraient qu'elles arrêtent de fumer, de boire, qu'elles cessent de s'habiller trop court, trop moulant, de sortir, de vivre ainsi, tous ces autres qui voudraient qu'elles acceptent cette vie qu'on leur impose et surtout, surtout, qu'elles ne fassent pas trop de bruit.

Je danserai si je veux, un titre si beau, si impertinent, si justement interprété par ses trois actrices principales. On pense à Much Loved évidemment, à cause de la langue arabe, mais surtout à cause de cette solidarité qui les unit, cette sororité dont on parle beaucoup en ce moment mais qui me semble de plus en plus essentielle et qui est magnifiquement incarnée ici.

 

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 12:47

 
Il s'appelle Chiron, mais on l'appelle Little, puis, plus tard, Black.

C'est un taiseux qui regarde souvent le sol et engloutit les assiettes qu'on lui donne.

C'est un petit garçon qui se fait traiter de tapette par les autres, un adolescent que ces mêmes autres attendent à la sortie du lycée parce que son jean est trop serré, puis un jeune homme qui n'a finalement pas tant changé que ça.
Les trois acteurs qui interprètent Chiron aux différents âges de sa vie ne se ressemblent pas trait pour trait, mais leurs expressions troublantes de similitudes nous permettent d'y croire absolument.

Au départ je suis allée voir Moonlight pour Mahershala Ali, cet acteur qui me fascine et m'impressionne depuis que je l'ai découvert dans House of Cards.
Dommage que son personnage ne soit pas exploité davantage, car, au-delà du charisme de son interprète, il avait une véritable présence et un potentiel dramatique.

Dommage aussi que le rythme soit un peu trop monotone. Ce qui fait la force du film au départ finit par le desservir et nous laisser au bord de la route par moments.
Dommage, parce que certaines scènes sont vraiment fortes, d'une poésie brute et assumée, parce que la mise en scène est maîtrisée, et que le regard de Barry Jenkins est singulier - ses plans sont très réussis d'un point de vue esthétique (la leçon de natation dans l'océan en est la plus belle illustration), et sans complaisance gratuite.

 

Nul doute que la trajectoire douloureuse (mais sans pathos) de Chiron accompagnera mes pensées un bon moment, et que je serai attentive au travail de Barry Jenkins.

 

 
 

 

 

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19 janvier 2017 4 19 /01 /janvier /2017 11:32

 

Ce n'est pas une histoire banale, et les personnages sont loin de l'être eux aussi.

Et pourtant. Et pourtant, au-delà de l'intérêt dramatique, Transparent a quelque chose d'universel. Cela ne semble pas évident comme ça, au premier abord (on n'a pas tous un père trans qui décide de faire son coming-out à l'âge de la retraite), mais finalement les thèmes évoqués dans la série sont plus généraux qu'ils n'en ont l'air: désir, émancipation, relations aux autres, peur de la solitude... autant de problématiques contemporaines dans lesquelles on peut se retrouver.

Un beau jour, suite logique d'un parcours dont on découvre quelques étapes au fil des épisodes, Mort décide de vivre tous les jours dans la peau qu'il revêt de temps en temps, à l'abri des regards connus (ou presque), depuis des années: celle de Maura. La série commence avec ce coming-out, puis s'élargit pour suivre les péripéties de la famille Pfefferman dont chaque membre est unique à sa manière et haut en couleurs - pas forcément attachant au sens traditionnel, mais fascinant. Et suscitant suffisamment d'intérêt pour qu'on leur emboîte le pas pour plusieurs saisons.

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 16:22

 

Hedi a vingt-cinq ans.
Hedi dessine sur son cahier en réunion - il est (un mauvais) commercial chez Peugeot.
Hedi vit avec sa mère, à Kairouan, en Tunisie; il va se marier. Sa fiancée, Khedija, est jolie, cela fait trois ans qu'ils se voient une fois par semaine, le soir, dans la voiture d'Hedi, sans se toucher ni s'embrasser. Une fois mariés, ils iront habiter dans l'appartement que la mère d'Hedi a fait rénover pour eux - avec, tout de même, une entrée séparée.

Hedi étouffe et on comprend pourquoi - à dire vrai, on étouffe avec lui. "Tu veux de l'argent?", "Non, je ne t'accorderai pas de congé pour ton mariage", "Tu mettras cette cravate", "Tu feras du porte-à-porte", "On t'a trouvé un travail", "Avec tout ce qu'on a fait pour toi"... Les injonctions pleuvent de tous les côtés, tout le temps.

Alors la tournée de prospection imposée prend des allures de fuite en avant, et Hedi fait ce dont on a tous rêvé: ne plus répondre à son patron, éteindre son téléphone, se poser face à la mer, savourer cette liberté volée. Pas besoin de plus pour qu'il se révèle à lui-même et se découvre une audace qui le surprend - et lui permettra de rencontrer Rym, femme émancipée qui ne s'excuse pas de vivre sa vie.

Les personnages sont fascinants et complexes (au revoir psychologie de comptoir), et le malaise diffus qui va croissant au fil du film est contrebalancé par la chaleur et la simplicité de Rym. Difficile d'en dire davantage sans déflorer l'intrigue.

Ce film avait pour moi une saveur particulière; il m'a rappelé les odeurs et la lumière, solaire sur la plage, glaciale au restaurant de l'hôtel, les immenses complexes tunisiens désertés par les étrangers effrayés par le terrorisme, les routes défoncées au milieu des champs d'oliviers, les bureaux vides et trop calmes des chefs d'entreprise - la Tunisie que j'ai touchée du doigt à la faveur d'un voyage professionnel.

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 12:32

Je suis allée voir La jeune fille sans mains à cause de cette image - ou plutôt grâce à cette image.

Je n'aime pas les films d'animation. Je m'ennuie rapidement, je n'arrive pas à me laisser emporter, je sens le temps passer, lentement. Mais cette image m'avait fait envie, et je me suis laissé tenter.

La jeune fille sans mains est un magnifique voyage. Visuellement déjà, le film est une merveille. Le dessin si expressif est vraiment magnifique, les trouvailles graphiques s'enchaînent en un enchantement permanent.
Le travail du son, qu'il s'agisse des bruitages (vent, eau, feu, animaux), de la musique ou encore des respirations, rires, chants de la jeune fille, est parfaitement maîtrisé et contribue autant que le dessin à la réussite de ce film. 

Tous ces bruits de la vie, tous ces tableaux donnent au vivant le premier rôle, avant même cette jeune fille aux mains coupées, qui va traverser de nombreuses épreuves sans jamais se départir de son envie de vivre. Les arbres, le linge qui sèche au vent, le goût d'une poire, cette nature si sensuelle nous emporte, on sent presque le vent soulever nos cheveux.
La jeune fille sans mains m'a fait penser au Chant du monde de Giono, un livre sensuel et vivant toujours présent dans mon esprit.

 

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 14:18
Aquarius

24 heures plus tard je ne sais toujours pas que penser d'Aquarius; et me voilà à réfléchir comme Clara, sur mon canapé, le même moleskine rouge qu'elle sur les genoux.

Le film est assurément long.
Trop long parfois, comme le discours que déclame le mari de Clara devant toute la famille réunie pour l'anniversaire de la tante Lucia.
Trop long et en même temps, quand le noir se fait pour de bon, on se sent presque abandonné – déjà ?

Clara n'est pourtant pas très sympathique, le rythme est particulier, la temporalité incertaine (c'est toujours la saison de se baigner à Boa Viagem, on fait allusion à un voyage de Clara dont on n'a pas connaissance).

Alors peut-être que c'est la musique qui nous happe – une part plus qu'importante de la vie de Clara.

Sûrement son charisme, aussi. Son port de reine avec son chignon haut perché, son visage, son être impressionnants.

Et aussi parce que c'est rare, un portrait si fin d'une femme dans sa soixantaine. Une femme qui ne renonce pas au plaisir physique, qu'il s'agisse d'un bon verre de vin ou d'un mégot illicite ; une femme qui assume ses désirs et ne renonce pas aux hommes ; une femme qui peut s'amuser comme une gamine avec sa bande ou danser toute seule chez elle. 

Ça existe certainement depuis longtemps, depuis toujours, mais c'est plutôt rare sur nos écrans.

Aquarius
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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 15:06

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J'avais envie d'aimer ce film.

A cause d'Anders Danielsen Lie, et de sa grâce qu'il promène de film en film.
A cause du souvenir de Memory Lane.
A cause des promesses contenues dans tout cela.

Je n'ai pas réussi à m'émouvoir, je n'ai pas réussi à m'intéresser vraiment à ces jeunes trentaires trop étudiés, peut-être, sans doute, parce qu'ils me ressemblent trop?
J'ai compris Lawrence, j'ai compris les parents, mais Zoé m'est restée totalement opaque.
Ce qui aurait dû me toucher m'a laissée de marbre, voire même agacée par moments.

Dommage.

 

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 16:00

https://i.ytimg.com/vi/6jWi2wQjr3M/hqdefault.jpg

 

Farah vient de passer son bac, mais les résultats, elle s'en fiche.
Farah a dans les dix-sept ans, et ce qui compte pour elle, c'est la musique.
La musique, elle en joue avec Bohrène, qu'elle prend aussi du plaisir à embrasser, la nuit, sous les oliviers.
Jusqu'ici rien que de très banal; une jeunesse ordinaire.

Sauf que, pendant qu'ils s'embrassent, sous les oliviers, leur ami Ali fait le gué, sauf que, quand il est l'heure de rentrer, Farah est la seule fille du bus et l'on voit bien les regards que cela suscite, sauf que, alors que Farah veut juste exister, c'est sa mère que l'on met en garde du bruit de sa vie.
Nous sommes dans la Tunisie de Ben Ali, et la vie alors est soumise à la corruption et aux abus autoritaires.

La vitalité de Farah, son appétit, sa volonté farouche de vivre comme elle l'entend, et surtout, comme elle devrait pouvoir être libre de le faire, crèvent l'écran. On aimerait qu'il ne lui arrive rien, qu'elle garde toujours cette fraîcheur, cette énergie, cet allant – mais nous sommes à Tunis, et le printemps arabe n'a pas encore eu lieu.

Superbe portrait d'une jeune fille en passe de devenir femme, relations mère-fille dépeintes avec finesse (grâce au jeu tout en subtilité des actrices), évitant tout raccourci manichéen et simpliste, le premier film de Leyla Bouzid a le goût de la rage et de l'insolente ardeur de la jeunesse.
Un coup de poing dans nos ventres d'européens à la mémoire souvent trop courte, une piqûre de rappel pour les femmes françaises que nous sommes pour nous exhorter à ne jamais renoncer, à ne jamais faiblir, à ne jamais nous endormir.

 

 

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